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 TON ÊTRE GRAVÉ À MA CHAIR (sid)

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MessageSujet: TON ÊTRE GRAVÉ À MA CHAIR (sid)   Sam 12 Avr - 4:50



SID OAK

il y a un coeur éteint
épuisé de tout battement
glacé sous le vent


prénom et nom c'est petit, presque invisible, dans un souffle. c'est léger, délicat, absent. un peu comme lui, au final ; sid oak. à peine prononcé que les mots sont oubliés, disparus dans un ailleurs que l'on oublie. sid oak, petit et dérangeant, un peu irritant. un instant de bruit étrange pour un silence lourd, suite  âge de décès il était jeune ou alors, trop vieux. vingt-quatre années. un moment passé, du temps écoulé. mort depuis des années, selon certain. les lèvres scellées, incapable de parler. date du dernier souffle 18 novembre 2013 lieu(x) de vie un peu sur terre, un peu sur l'eau. entre les deux aussi, également. dans une maison haute sur patte, dans la mer. en Norvège, oui, nageant d'une île à l'autre.   attirance d'âmes c'est vide. il n'y a plus rien, depuis longtemps. pas de reflet dans ses yeux. un pale sourire sur ses lèvres parfois, mais rarement. il n'y a pas grand chose, car le coeur s'est asséché depuis des années. sid a pleuré asse pour le vider de tout. coeur mort vide. broyé. souillé. il a eu mal, il est mort. un choc un peu trop fort peut-être. trop sensible, il a décidé de se fermer, simplement. occupation fantomatique il n'a pas compris, non. malgré la mort, malgré la fin, il continue encore. sid, il sculpte le bois. il fait de l'art, avec des choses mortes. il récolte le bois mouillé, flotté, sur le bor de la mer, échoué. cause de la mort il y avait du bois partout. c'était comme ça, chez lui. du bois par millier, à cause de son travail. il a travaillé des heures, s'est endormi un peu trop brusquement, les doigts douloureux, comme le dos. le feu, il était là, dans la cheminée. les fenêtres, elles étaient fermées. le feu, il a grandi, encore et encore, et puis au final, il s'est répondu. sid, il est mort avant d'être touché. il a été intoxiqué par la fumée, dans son sommeil de bébé.

pseudo/prénom NEO/mel âge vingt + un boussole dans tes shorts avatar la princesse raiponce cadavre exquis     


“le coeur douleur”

Le coeur a saigné au point de se vider ; il n'est plus qu'un lac asséché, qu'une rivière qui s'est endormie, là, au milieu de la vie. Pourtant, il reste, Sid. Il ne s'efface pas, le petit. Il n'est que plus grand, il devient alors océan. Les larmes écoulées ont glissés vers un ailleurs meilleur, plus grand, plus calme aussi, parfois. Il est la mer déchaînée, il est la mare, juste là, pendant la pluie, où plongent les bottes d'eau. Il est doux et calme, pas souvent là, mais petit bonheur, au fond des coeurs. Il est sourire hésitant, sur les lèvres, Sid. Il est grand, soudain, un peu trop grand peut-être, un peu lent, aussi, dans ses mouvements, Il a tout son temps, Sid. Il ne craint pas la mort, Sid ; il a voulu la rencontrer, elle lui a fermé la porte au nez. Alors, il vit lentement, sagement, un peu mystérieusement, et il attend. Il prend la vie sagement, et puis il construit. Il construit, de ses mains d'ange un peu abîmées, un peu brisées, des petites merveilles. De bois brisés et déchets de l'humanité, d'écho de la société, petits arbres morts desséchés, il crée des fragments de beauté, là, au creux de la nuit et du jour, enfermé dans son studio, dans son atelier. C'est le vent, là, la brise légère, qui caresse vos traits, un instant, avant de s'envoler. C'est la petite odeur de tabac sec et puis d'oranges, qui apparaît une seconde, pour s'effacer aussitôt.

Et même lorsqu'elle arrive, la mort. Même lorsqu'elle vient le bercer dans ses bras, presque tendrement, le prenant dans son sommeil, il continue. Il continue d'avancer, il continue les mêmes mouvements, ici. Qu'importe la mort qui l'a pris au final, après tout ce temps. Sid sourit un peu, à observer les environs, la différence, et plonge ses pieds dans l'eau. Il va sur le bord de la plage et observe les bouts de bois morts, les déchets de la nature, encore plus merveilleux, cette fois. Il sourit et remonte ses manches simplement, avant de recommencer, encore. Avant de construire des merveilles, de nouveau. Et de tabac poison, il passe au vrai tabac, celui des plantes, le naturel, tout simplement. Il sourit, face au lieu étrange et pourtant tendre. Le coeur, un instant, aborde presque un léger battement.




Dernière édition par Sid Oak le Jeu 17 Avr - 0:49, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: TON ÊTRE GRAVÉ À MA CHAIR (sid)   Sam 12 Avr - 4:50


LA MORT

Un coeur qui a cessé de battre peut-il encore se briser?



Larmes d'ange.


On dit que les enfants pleurent, quand ils naissent. C'est à en rire de douleur, les cris sans fin qui annoncent la vie, le cri de l'âme, là, nu, sans le moindre superficiel. Les yeux encore enfermés au monde entier, l'enfant crie. L'enfant crie, fort, et pleure de malheur. Il ne l'aime pas, cette terre. Il ne l'aime pas, ce monde. L'enfant se plaint, haut et fort, se demande pourquoi on l'a mené là, pourquoi l'air est sale, et le monde pue. Et autour, les gens sourient. Les gens sourient, car l'enfant pleure. Une nouvelle proie, comme c'est joli. Un nouveau malheur, une nouvelle douleur. L'enfant pleure, là, prisonnier du monde, enfin, et les gens sourient. Maman ne souriait pas, pourtant, lorsque Sid a pleuré, pour la première fois, Les fois suivantes, elle n'a pas souri non plus. La dépression de la nouvelle mère, selon plusieurs. Un couteau en plein coeur, selon elle. Une lame faisant écho de la dureté du monde, et de sa laideur. Des gens qui meurent et des douleurs qui se créent. Les enfants, naissants et potelés, sont encore des anges un peu vierges et purs, qui s’abîment au fil des secondes. L'enfant cesse de pleurer, après tout, à un moment. L'enfant cesse les larmes, un jour. Il ne sent plus les malheurs, les douleurs, là, tout autour. Il n'entend plus la guerre et les larmes, il ne voit plus les vies, là, qui s'évadent. L'enfant devient aveugle, et puis doucement, au bout d'un moment, il se met à sourire, tout bonnement. Maman, elle n'a pas eu la force de rester jusqu'à là. Maman, elle avait la douleur qui s'était faite soeur, et le bonheur qui s'était faire éclaireur. Éclaireur de malheur, oui, qui s'est perdu en pleine mer. En pleine merde. Maman, elle a pleuré plus fort que bébé, parfois. Papa, il n'écoutait pas. Papa, il aimait trop bébé. Alors il le prenait doucement dans ses bras, dans un pas dansant, là tout tendrement, et il soufflait doucement. chuut. chuut. Et maman pleurait, aussi, dans le salon ou dans le couloir, là, glissée le long du mur. Incapable de faire quoique ce soit. Incapable de calmer son propre enfant. Et papa, et bien, il continuait. Il continuait, papa, toujours et encore. chuut. chuut. Maman pleurait. Papa chutait. Et bébé, lui, comme ça, et bien, il s’abîmait.

Maman, elle n'a pas eu la force. Les gens l'ont souvent dit, après tout. « Elle n'est pas bien forte, celle là. » Les murmures les plus bas font souvent les plus grand fracas. Pauvre maman. Pauvre bébé. Pauvre papa. C'est arrivé comme ça, juste comme ça, au fond. Papa était parti, un jour, peut-être faire les courses, ou alors juste une balade, et puis à son retour, à leur retour, maman, elle n'était plus là. De tristesse, elle n'a cessé de pleurer, et puis si bien, si fort, que son corps a fini par s'évaporer. Par se liquéfier, et cesser d'exister. Maman, elle est partie sans le moindre mot, sans le moindre baiser, juste comme ça, tout simplement. Et papa, et bien, il a serré le petit dans ses bras, malgré les larmes, au coin de ses yeux un peu vieux. Il a serré le bébé qui ne cessait de pleurer, allez savoir pourquoi, surement à cause d'une nouvelle douleur, dans ce monde de malheur, et puis il l'a bercé. Il l'a bercé, doucement, et il s'est mis à chuuter. chuut. chuut.

chuut. chuut.

Oui, pour lui, et pour bébé.


Filaments lignées.


Il a arrêté de pleurer, le bébé, mais le monde ne s'est pas mis à briller. Le monde n'est pas devenu une jolie lumière, et les sourires n'ont pas été des phares, partout, tout autour. Le bébé n'a pas grandi ; le monde, face à lui, lui semble trop grand. Sid est si petit, de là, juste là, au milieu de sa vie d'adolescent, le corps trop élancé et pourtant, si finement lassé. Sid est une petite poupée, avec ses yeux bleus et grands, et ses cheveux de sable. Petit ange aux cris depuis bien longtemps étouffés, il est là, au milieu des gens, avec ses allures de fillette, parfois. Il est là, au creux des rires, incapable de pleurer pour une insulte et un coup. Ses yeux sont secs, au petit ange, pour avoir trop pleurer, pour avoir trop vu, quand il était encore pur et si joli. Il sourit, pourtant, un peu chastement, tout bonnement, la tête quelque peu basse, certainement, quand il marche au creux de la foule. Il se laisse malmener, le petit prince, malgré les coups de coude et les crachats, les rires bien gras, parce que la vie, c'est comme ça. Juste comme ça. À être petit prince, le coeur trop pur et grand, peut-être, il est vu comme princesse, pour ses cheveux presque blancs, et il y a des gens. Des gens comme ça, juste comme ça, qui ne l'aiment pas. Des coeurs trop sombres qui sont aveuglés, sous les coeurs trop clairs, et qui grognent et aboient. Des mains salent qui souhaitent caresser les peaux trop pâles, pour se noyer au sein des marques finement dessinés. Ils sont un, puis trois et alors cinq. Ils sont un et plusieurs, à la fois. Des murmures trop fréquents et des têtes rasées, pour faire changement. Des peaux marquées d'ancre, alors que Sid, lui, marque la sienne de filaments de sang. À coup de lames ou alors d'ongles enfoncés, il s'est mis à graver. À graver, comme ça, au milieu de la lune bien levée, des douleurs sur sa tendre peau de bébé. Pour oublier et faire sortir les douleurs, les rires de malheurs de ces sales voleurs de sourire, là, qui se trouvaient toujours trop près. Si près de chez lui, si près de lui. Sid a baissé la tête, souvent, trop souvent, devant les grands délinquants. Lorsque l'on est que bout d'homme, à peine haut comme trois pommes, on ne déplace pas des tonnes. C'est pour ça, surement, au final, qu'il reste souvent là. Souvent là, quand papa n'est pas là pour s'inquiéter à tout va, quand il est parti sur la route, comme le routier qu'il est, que Sid reste dans les draps. Dans les draps tantôt froids, tantôt chauds, et puis qu'il rêve, les yeux ouverts, là, posés sur le ventilo. Qu'il rêve de quelque chose de beau, peut-être, comme les yeux bleus, trop bleus, de l'un des cranes rasés. Du crane rasé qui, parfois, se permet à lui souffler un sourire, tout bas, et qui vient toquer. parfois. Oui, Sid se permet à rêver, parfois, souvent, surement, de petites épopées un peu bébés, certainement. De rêver d'un tout petit baiser.


Amour velours


L'air ambiant n'est qu'éclat de souffles, tendres caresses le long des corps. Le long du corps, oui, du petit là, doucement étendu contre les couvertures un peu froissées, un peu entremêlées, cheveux décoiffés. Petit ange à la peau de porcelaine, qui sourit tendrement, le regard lueur, posé sur la peau tatouée. Sur les doigts écorchés, un peu poussières, contre sa peau de laine. Il sourit, le doux Sid, sous les caresses griffures d'Alban, là, le long de sa peau. Il sourit, sous la déchirure si tendre qu'est le touché de ses doigts robustes. Ses dents d'enfant s'enfoncent contre sa lèvre du bas, alors que le rouge orne ses joues, et les étoiles brillent, dans ses prunelles. Il souffle tout bas, le regard un peu fuyard, un peu esprit, épris. « qu'est-ce que tu fais? » Il tend le cou, surélève son corps, Sid,  les joues rougies, essaie de croiser son regard. Alban est tout en bas, là, contre ses cuisses. Alban dessine des anges, de ses doigts forts, contre sa peau. De belles histoires. C'est presque doux, charnel. Il n'y a rien de sexuel, malgré la nudité imposée. « J'écris je t'aime avec mes lèvres, sur tes cuisses. » Les lèvres du petit se pincent, fort, fort, pour retenir les cris de son coeur. Sa tête s'échoue contre les oreillers éparpillés, son souffle léger, alors qu'il observe la saleté danser, dans les airs. Son sourire est tout volé, piégé, par les lèvres gercées du tatoué, là, qui en vient à se surélever pour y goûter.

Ça a un goût de paradis, comme baiser. Un petit goût d'interdit, aussi. Parce qu'il est tout petit, tout prince, du haut de ses dix-sept, là. Il est si mini, le pauvre Sid, de sa peau légère, couleur du blanc,de l'océan, là, sous le corps trop grand, un peu abîmé, évidemment, du malfrat. Du malfrat juste là, qui l'observe de ses yeux bleues, qui le touche doucement, un peu brusquement, mais tendrement, de ses doigts noueux. On dirait qu'ils jouent avec le feu. Qu'ils ne savent pas, les deux amoureux, que leur amour est poison. Ou alors, que l'un ne sait pas. Sid ne sait pas, et c'est surement pour ça, au fond, qu'il sourit. Qu'il sourit comme ça, comme si c'était beau, si beau, comme ça, eux dans les draps. il tend les doigts et caresse les traits un peu brisés du plus âgé, il tend le cou, doucement, pour déposer un baiser léger sur ses lèvres craquelées. Il ne voit pas, non, le noir, dans son coeur. Il ne voit pas la douleur. C'est beau, trop beau.

Pauvre bébé. Pauvre petit bébé.

C'est arrivé comme ça. Juste comme ça. La vérité a toqué et la porte a cédé. Sid a été blessé. Des photos, là, partout. Des photos de son petit corps, fragile, maigre, exposé. Des rires à n'en plus finir. Et Alban, crane rasé, en compagnie de ses amis à la tête dénudée. Sid n'a pas pleuré. Sid n'a pas crié. Il s'est contenté, tout bonnement, le petit prince, de pencher la tête, doucement, et puis de s'en aller, lentement. Sans un mot, sans une larme. Sans un cri, sans fracas. Juste comme ça, le coeur brisé. Il s'est mis à marcher, pour rentrer à la maison. Le coeur brisé, il a réalisé que l'amour désiré n'était qu'illusion, que petit complot, pour retirer les ailes à l'ange, comme l'on fait, parfois, avec une mouche.

Sid a perdu ses ailes, à se faire caresser de doigts usés. Elles lui ont été retirés.

Un jour, oui, un certain jour. Un jour où tout lui semblait doux, et si beau, Alban a dit, un sourire presque vrai, sur les lèvres. Il a dit, oui, quelques mots bien doux, des mots du paradis, pomme empoissonnée, certainement.  «  J'écris je t'aime avec mes lèvres, sur tes cuisses. » Alors Sid, une fois le tout fini, une fois la balle tirée, sa vie flinguée, il a gravé « je te hais, Alban  » sur ses précieuses cuisses. Et doucement, le sang s'est versé, et la vie, un instant, a cru être achevé.

L'ange aurait pu se noyer, mais papa, le beau papa, le grand soldat, il est arrivé. Il a pleuré, là, comme ça, en voyant son petit tout entouré de rouge. Il a pleuré, là, comme ça, en le voyant baigné dans le liquide carmin. Et puis, le coeur brisé, il l'a pris, là, comme ça, contre lui, comme autrefois. Il l'a bercé, une fois l'ambulance appelée, et il s'est mis à chuuter.

chuut. chuut.

Et le corps faible, l'esprit débris, Sid a pleuré.

Sid a pleuré.


Coeur douleurs.


Les pleurs ont fini par se disperser, mais la douleur, quant à elle, est restée. Bref mouvement et le corps se met à crier, hurler, couiner, la peau à l'agonie, l'âme en lambeaux. C'est triste la vie. C'est triste la vie, quand on l'a fui. Qu'on l'a fui, pour sa connerie, pour ses douleurs et pour ses malheurs. Papa a essayé de demander pourquoi, en l'observant de ses yeux un peu miroir, par les larmes, mais les mots sont restés pris, incapable de se faire entendre. Sid a souri, un peu, un tout petit peu, et il a posé ses doigts tremblants sur les siens. Il a murmuré un je t'aime, que pour son papa, le seul toujours là, et papa a pleuré, encore, un peu plus fort, toujours.

Et puis, ensuite, doucement, les jours se sont écoulés. Ils se sont succédé sans qu'ils ne puissent les compter, et papa, et bien, il a décidé de partir. De déménager, avec son petit prince, pour ne plus voir les cranes tatoués. Pour ne plus voir les lignes finement dessinées, là, sur la peau de son bébé. Au travers de la brume, les lumières de la voiture se sont allumées et, brisant tout un monde, une frontière presque imposée au bébé qui n'avait jamais bougé, il se sont éloignés. Papa et bébé ont finis par se poser, ici, juste là, à Reine. Papa a souri, comme ça, en observant la petite maison qu'il avait bien pu trouver. Sid s'est contenté de l'imiter, un pale sourire sur ses lèvres. Une ombre dansante, un peu comme les cernes, là, sur ses traits d'enfantin. Les épaules baisses, le dos un peu courbé, il s'est contenté de s'installer sans broncher. Le coeur ne bat plus, mais le corps vit. Le corps vit, et un peu lentement, il pourrit. Un battement résonne, parfois, mais le petit l'éteint un peu rapidement, pour ne pas avoir mal. Les choses sont un peu laides, un peu difformes, tout autour, alors, il sort son briquet, tard le soir, ou alors dans le jour, quand papa est de nouveau sur la route, et puis il s'allume une cigarette, puis deux, et trois, et dix, au final. Il fume pour se noyer dans une brume, pour ne voir que lui, au fond, et oublier le reste, le contour, le monde, tout entier, trop grand pour lui. Et il grandit, Sid, avec le temps. Il grandit, le petit prince, pour ne plus être maigre et innocent. Ses yeux se transforment en ternes vagues et son corps, petit, en devient géant, avec le temps. Ses cheveux, si doux et bien coiffés, deviennent long et oubliés, délaissés.

Le temps, lui, continue de s'écouler. Et Sid, innocent, un peu absent, reste dans son nuage de fumée.


Bois d'écorce.


Caresse au travers des volets à demi fermés, la lune parvient tout de même à effleurer la peau de l'homme. La tête penchée, les cheveux longs, là, juste toqués au sommet de sa tête, et quelques mèches égarées le long de ses traits tirés, Sid a les muscles tendus. La cendre presque morte de sa cigarette pendouille paresseusement, là, dansante quelques instants, avant de s'échouer lamentablement contre son jean, sous le touché du vent. L'ange brisé baisse les yeux, une seconde, minime, avant de revenir à son travail. L'une de ses mains chasse la cendre, avant de tirer sur le bâton de mort et de l'écraser au fond de son cendrier de bois. Dehors, les vagues, calmes et douces, chantent doucement. La voix d'un homme, rauque et abîmé par les ondes brisés de la radio, se mêle à leur chant comme les éclats de guitare et de piano. Ses muscles se tendent un peu plus, lentement, alors que ses doigts, victimes de l'écorce et les éraflures, se crispent contre un morceau de bois. Son souffle se bloque, une seconde, et puis deux, une éternité peut-être, et un bruit résonne. Le bois fend. « merde. » Le morceau s'échoue contre le sol un peu brusquement, et son corps se redresse, sur la chaise. Son dos craquent et ses doigts passent contre sa nuque, alors qu'un soupir fuit ses lèvres, que ses yeux observent dehors, là où la fumée du tabac ne fait pas brume.

Le petit tabouret grince contre les planches du vieux parquet ; Sid se dresse de tout son long, les doigts contre la nuque, encore, en s'étirant. Son corps hurle de douleur, son ventre couine de faim. Il soupire encore, fermant les yeux, deux secondes, et puis monte un peu ses doigts pour délier sa crinière. Entremêlés, les cheveux retombent mollement sur ses épaules et contre son dos, sur ses traits, aussi, alors qu'il marche d'un pas lent vers la cuisine. Le plancher craque, dans la maison ; présence réconfortante. Marqués par l'écorce rebelle, ses doigts se glissent dans la poche de sa veste, une minime seconde, et en sortent un paquet de cigarette. Sid le presse entre ses doigts, le corps courbé vers l'intérieur du frigidaire, et en extirpe une cigarette qu'il couine entre ses fines lèvres. Le parquet se voit lancé sur la table, mollement, y glissant, mourant contre le sol dans un petit pouf. Il ne se retourne pas. Il ne bouge pas. Une minute. Deux minutes. Une main se tend et puis s'empare d'un yaourt, la porte se ferme d'un coup de pied, sans énergie, et il s'échoue. Il s'échoue contre une chaise un peu bancale, un peu dansante, et pose ses coudes contre la vieille table, là, certainement de travers, dans sa cuisine. Le yaourt s'échoue lamentablement de travers, et puis il sort son briquet, petit fragment de son âme, de son coeur, de son corps, pour allumer sa cigarette. Premier souffle ; son corps se décrispe. Deuxième souffle ; son coeur bat, un petit peu. Troisième ; ses épaules s'affaissent, ses traits se font las.

Son corps épouse la chaise grinçante en s'y glissant lamentablement, les barreaux, usés et un peu brisés, claquent contre les vertèbres de son dos. Il stoppe son mouvement, reste là, à moitié mort, à moitié vivant, dans une position déconcertante. La cigarette quitte ses lèvres, se pose contre la table, à demi dans le vide. Le vent en caresse le bout et la fume en silence. La radio, au fond du couloir, crie quelques paroles brisées. Sid ouvre le yaourt. Sid a oublié la cuillère. Qu'importe. Sid y plonge un doigt, mange, lamentable. Sid a le regard vague, les doigts qui visent mal, du yaourt dans les cheveux. Sid sourit un peu, l'observe un peu, et le laisse là, au final. Son doigt se perd contre la paroi du contenant, en vide le restant, se glisse dans sa bouche. Sid observe le pot, vide, nu, sans rien, puis soupire. Il se redresse un peu, manque de tomber ; la chaise tombe. Il se redresse encore un peu, de nouveau, prend sa cigarette, presque morte, la glisse contre ses lèvres, calme. Sid tourne ses yeux vers la fenêtre, un instant, prend le pot de yaourt, vide, le balance dans le lavabo, là où meurt la vaisselle sale, puis soupire. « aller. » Il s'étire, encore, craque, encore. Quand on est brisé, après tout, on craque toujours. Soupire encore, doucement, et puis s'avance, s'égare, se terre, là, de nouveau, dans son atelier. Les planchers craquent, sous ses pas légers. Sid lève l'interrupteur, en passant le cadre de la porte.  Le soleil n'est pas près de se lever, la nuit, elle, n'est pas terminée.

La fatigue tangue contre son être. Elle caresse sa peau de ses doigts rêches et pourtant doux. Le caresse tendrement, le portant dans ses bras, maternelle. Les prunelles de Sid dansent, alors. Ils ouvrent, se ferment. Restent fermées, au final, au bout d'un moment. Cigarette égarée dans le cendrier, elle fume lentement. Sid tangue, encore. Sombre dans son sommeil. Le corps tangue, tangue et bouscule, se pose un brin contre la table, et le cendrier, brouillant de cendres, s’effondre contre le sol. Sid ne se réveille. Il ne remarque pas la fumée qui ne fait que croître, encore et encore. La cendre qui épouse le bois de ses travaux et qui fait flamme, après quelques instants. Elles ne le touchent pas, pourtant. Les flammes grandissent doucement, dansantes et la fumée, sombre, se fait adulte. Elle glisse dans les poumons de l'ange brisé, du cœur fracassé, avant de, tout simplement, le tuer.


Océan infini.


Rien ne change, étrange. Sid s'évade dans les bois, parfois. Il récolte les morceaux abandonnés, délaissés par les gens. Il sourit, lent, un peu ailleurs, à voir la lueur qui danse, venant des Sylvains. Sid se cache dans sa demeure, hors du village. Il ne parle pas. Il ne dicte mots à personne, toujours là, ailleurs pourtant à la fois. Sid a un brin de tabac, entre les lèvres. Les doigts rêches par le travail qui, même dans la mort, il ne cesse. Sid crée, toujours. Il se perd, le regard brouillard, incapable de vivre, dans la mort. Il est vide. Renfermé, prisonnier de sa propre âme. Le voilà parfois qui marche, fait quelques pas au sein du village. On voit sa chevelure qui danse, dans le vent. Il l'observe, silencieux. Incapable de le perturber, peut-être même un brin intimité. Fantôme qu'il fait, fantôme qu'il est. Fantôme de son âme. Son coeur astral ne bat pas, et il continue sa vie, malgré la mort. Monotonie.
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