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 ENGROSSÉ DE NORMALITÉ. (alban)

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MessageSujet: ENGROSSÉ DE NORMALITÉ. (alban)   Dim 20 Avr - 19:08



ALBAN SOLHEIM

laisse-moi te décevoir,
encore une fois.


prénom et nom Alban solheim, ça ressemble au soleil mais c'est aussi froid que la glace.   âge de décès il lui manquait plus que trois mois et vingt quatre jours à vivre pour atteindre vingt sept ans. date du dernier souffle trois janvier deux mille douze. lieu(x) de vie les montagnes reculées de la Norvège, la nature, à l'état pur et sauvage. attirance d'âmes à voile et à vapeur. coeur mort bien trop fatigué pour cela. occupation fantomatique on peut le voir dans un petit bout de forêt, faire fuir les créatures mais les apprécier aussi, de temps en temps. Alban les regarde et les invite à manger certaines de ses récoltes de légumes. cause de la mort on paye toujours de ses erreurs ; assassiné.

pseudo/prénom amanpine, l'enfant sauvage. âge dix neuf. boussole elle est où la poulette ? avatar norman tkhjehjkdfh. cadavre exquis  Cool 


“Même si je suis décédée je crois qu’il me reste une larme à verser”

Alban.
Alban c'est comme une morsure à la langue. Vive et éphémère. Celle qu'on ressent, celle qu'on pleure et qu'on finit par oublier. Alban, il est ce petit tas de cendres éparpillés un peu partout, qui vous brûle les poumons et vous fait tousser. Il parle plus vraiment, aussi, parce que sa voix est trop brisée, par les années à fumer des cigarettes dégueulasses, à ramasser les mégots par terre par manque d'argent. Ses lèvres ont embrassé et blessé de jolies filles, des garçons un peu naïfs, aussi. Alban, c'est celui qui ne regrette plus, ou bien qui simule ses regrets. Tout est toujours basé sur la comédie. Même vivant, il était déjà un peu mort, le rasé. Il sourit plus. Il grogne plus. Il se contente juste de garder le même visage terne. L'âme d'Alban est aussi sale que ses habits. On voit rarement son visage, ou toujours à travers une vitre : sa petite maison, dissimulée dans la forêt. Personne le connaît, ici. Alban ne quitte jamais la forêt. Les arbres, c'est son royaume. La solitude, aussi. Le reste, il s'en fiche bien.
Il finira par saturer, un jour, et tout faire exploser, comme au bon vieux temps. Alban reste dynamite.




Dernière édition par Alban Solheim le Dim 27 Avr - 16:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ENGROSSÉ DE NORMALITÉ. (alban)   Dim 20 Avr - 19:09


LA MORT

Un coeur qui a cessé de battre peut-il encore se briser?


Elle était belle, sous ses cheveux blonds. Elle était belle derrière ses grands yeux bleus. Le monde entier aurait été capable de l'aimer. Les hommes les plus fous lui envoyaient même des lettres et des roses en sachant qu'elle n'y répondrait jamais. Les fleurs se retrouvaient dans notre poubelle sombre. De leur rouge éclatant, elle finissait aussi sèches et abandonnées que nous deux : Maman et moi. Ses lèvres pulpeuses me disaient souvent la même chose, sur un ton mi-blasé, mi-déprimé.
Je ne veux pas de l'amour, Alban, c'est moche.
Et puis elle souriait.

Oui, Maman parvenait à sourire en prononçant cette phrase dénuée d'espoirs. Je la regardais parfois, les yeux brillants. Mes doigts rencontraient les siens, caressaient sa peau bien plus douce que la mienne à l'époque, déjà. C'était une poupée, elle ne vieillissait pas. La vie glissait sur elle, rien ne parvenait jamais à la tâcher. Un vampire, c'est ce qui lui arrivait parfois de prétendre être. Le temps ne pouvait rien contre son corps et son esprit. Elle resterait saine toute sa vie, Syriana. C'était une lumière : un lampadaire en pleine nuit, les phares d'une voiture, la lune qui se hisse dans le ciel. Le monde qui gravitait autour d'elle ne représentait qu'une infime partie de son attention. Nous étions tous des étoiles qui finiraient un jour ou l'autre par mourir. Des comètes brillantes mais inutiles. La lune restait notre unique repère. Surtout le mien. Mais je ne m'en faisais pas.
Non, elle était éternelle c'est ce qu'elle me racontait tous les soirs.
La vie toute entière lui appartenait.
Et, Syriana en était persuadé, elle partirait après moi, parce qu'elle partirait après tout le monde.

J'y ai cru, jusqu'à ce que son cercueil se retrouve sous terre. J'y ai cru, pourtant, jusqu'à la dernière seconde. Un peu comme ces gamins qui réfutent l'idée de la non existence du père noël. J'étais même prêt à y croire pendant les siècles à venir s'il le fallait. Mais c'était trop tard. Parce que c'est toujours trop tard, de toute façon. Je n'ai cessé de m'en vouloir, perdu dans mon costume trop grand et trop sombre. La culpabilité s'est insinuée dans mes veines sans que je ne puisse la repousser. J'ai ouvert les yeux et les remords dormaient déjà contre mon âme. Ils avaient fait de mon cœur un lit sur lequel ils pourraient s'y étendre jusqu'à le briser.
Le jour de son enterrement, ma cravate m'étouffait.
J'ai eu l'impression de m'y pendre, d'y laisser mon âme, avec elle, dans ce cercueil.
Ce fut, à treize ans, le déclenchement de tout.
Ou le réveil brutal d'une force jusqu'ici abandonnée.
Un réveil, c'est ça.

Ses mains tremblent, à cette pensée imbibée de désespoir. Il a pourtant encore envie d'écrire, Alban. C'est à cause de la prison qu'il marque ses sentiments sur le papier. Parler, il connaît plus, il a même jamais connu. Alors, enfermé dans sa chambre en bois, l'encre ce mélange au blanc.

amour. moche. chrysanthème. gloire. beauté. éternité.


Le thème est donné : celui de sa vie. C'est flou dans sa tête mais les mots s'adressent à lui, l'homme barbu à la voix perdue. Une lettre, on pourrait presque l'appeler comme ça. Une confession serait plus juste, pourtant.
Un lavement de toutes merdes.

-

Jean,
C'est à cause de ma mère si tu m'as retrouvé gelé au milieu de la neige d'hivers. J'avais encore ingurgité trop de saloperies. Je le faisais souvent après avoir quitté les barreaux. Je ne sais même plus si cela pouvait m'aider mais j’avais l'impression d'avoir le cœur plus léger parfois. Je ne cherchais pas à oublier, non, loin de moi cette idée. J'essayais seulement de canaliser cette énergie tout au fond de moi. Celle qui m'a fait commettre autant de douleurs. Quand je pose les yeux sur les montagnes, j'ai parfois la sensation de voir ma vie défiler, comme sur un grand écran. C'est même mieux qu'au cinéma, sauf que les images sont parfois plus floues. Le show d'Alban Eamonn. Tu vois ? J'ai toujours eu l'impression de tout compliquer depuis la mort de Syriana. J'ai perdu un voile indispensable à l’épanouissement de l'enfant, ou une connerie dans le genre. J'y connais rien en psychiatrie. Les flics ont trouvé chez moi un déséquilibre certain. Je n'me souviens même plus des termes exacts. J'en avais rien à foutre, j'étais même soulagé sur le moment. Je me disais qu'après ça, je changerais peut-être. J'avais un motif à mes actes. Je sais même pas pourquoi on m'a envoyé chez toi après la mort de Maman. Fin si, t'es mon parrain. Je me souvenais même pas de toi. La première fois que j't'ai vu, assit devant ta caravane, une clope entre les lèvres j'ai eu envie de fuir. Tu dégageais quelque chose qui collait pas avec mon âme. L'assistante sociale m'a presque jeté dans tes bras. Je l'ai entendu, ton 'fait chier'. Il a cramé mes tympans, je crois, même. Je me suis demandé pourquoi tu avais accepté de t'occuper de moi. Par manque de choix, peut-être. Ou bien un vieux service que tu voulais rendre à une vieille amie ? T'as certainement pas eu le temps de m'expliquer. C'est pas grave de toute façon, je t'en veux pas. Je t'en voudrais jamais. T'as toujours été là, parfois juste en surface mais j'avais pas le droit d'espérer tout de toi.

Les choses se sont juste mal présentées. Pendant que toi tu te battais aux côtés de ta femme, moi, j'entrais en crise d'adolescence. Ou plutôt, j'affrontais le deuil, seul. T'avais la leucémie de ta bien aimée sur les bras, j'allais pas en plus de ça te rajouter mes larmes, non ? C'était égoïste. Alors, comme un idiot, je me suis réconforté dans la drogue. Les gars étaient plus vieux que moi. On tombe toujours sur plus vieux et intelligents que soit. C'est ce que tu disais tout le temps, avant. À quatorze ans, j'ai commencé à découcher, tu t'en rendais pas compte. Je me souviens. Je fermais même plus ma porte, je laissais plus de coussins sous mes couvertures. J'avais certainement envie que tu t'inquiètes mais t'as jamais appelé les flics. Tu m'as jamais engueulé. Ça aussi, tu m'as jamais dit si tu savais à quel point j'étais con. J'espère le savoir, un jour, tu sais. J'espère aussi qu'il n'est pas trop tard pour te lâcher tout ce que j'ai sur le cœur ce soir. J'ai l'impression d'abuser de ton état pour te raconter des choses dont tu te fiches royalement. Hésite pas à déchirer cette page si tu veux que je me la ferme. Hésite pas.

Je crois qu'en ce temps là, je cherchais une raison pour vivre réellement. Je me cherchais une utilité. Au final toute cette foutue quête m'a menée dans une cave aussi gelée que tes pupilles. Une seringue dans le bras, je passais mon temps à fixer le plafond dégueulasse. J'hurlais parfois dans un mauvais trip, ton nom. À quel point je pouvais te détester de m'être aussi indifférent. En ce temps là, je comprenais pas encore que t'étais pas mon père. On avait pas de lien, si ce n'est l'ultime désir d'une morte. Je lui en veux d'avoir décidé ainsi de notre sort, sans se poser une seule seconde la question du futur. Syriana qui relie nos vies, celle de deux inconnus. Certains pourraient trouver ça drôle. Ou beau. J'ai juste eu la sensation de ne pas être à ma place les premières années. Et toi, aussi, je le sais. Je le voyais dans tous tes gestes que tu ne me trouvais pas à ma place. Tu grimaçais en voyant mes yeux défoncés mais comme toujours tu ne disais rien. Tu parlais toujours de la même chose : tes bêtes. Le nombre de poules mortes à cause des renards. Je t'écoutais. C'était si rare que je ne voulais rien laisser disparaître entre la trajectoire de tes lèvres et mes tympans. En ta présence, je préservais une partie de mon enfance innocente. J'avais tout un tas de questions pour toi. Sur les animaux. Sur la ferme. Sur tout. Des questions un peu bêtes que je gardais au plus profond de mon sac à paroles honteuses. Je regrette aujourd'hui de ne pas avoir eu le courage de créer un dialogue entre nous. Ça nous a fait perdre du temps, un temps précieux et irrattrapable.

Tu te souviens, aussi, le jour où je suis rentré le crâne rasé avec mes premiers tatouages ? Bien sûr que tu t'en souviens. C'est la première fois que tu m'as crié dessus. T'as même pris l'initiative de me mettre une droite. Du haut de mes dix huit ans, j'ai vu pour la première fois dans tes gestes de l'affection dissimulée. Tu sais, lorsque mes beaux cheveux sont tombés au sol, j'ai au l'impression de revivre. J'ai trouvé ma réelle nature là-dedans. Encore plus quand les aiguilles se sont enfoncées dans ma peau pour y graver 'inhumain' d'un côté et 'désordre' de l'autre. En ce temps là, c'est comme ça que je me considérais. Mon âme était trop sale et moche pour être considéré Homme. C'est difficile à expliquer. De toute façon, même si je venais à prendre le temps, tu ne comprendrais pas. Il faut ressentir ces choses, je crois. Je veux juste te remercier pour ce coup de poing et cette lèvre explosée. J'ai compris ce jour là que je t'aimais bien plus que je voulais te le faire croire. Je m'excuse aussi de t'avoir crié dessus, dans ma colère maladive. J'en redemandais certainement, oui qui sait. Mais je ne le pensais pas lorsque je t'ai traité de con. Ta femme avait ses chances, certainement. T'étais pas naïf à y croire. Tout le monde y croit lorsqu'il s'agit qu'une personne que l'on apprécie.
T'es juste humain. J'avais du mal avec ça, à l'époque.

Tu te souviens de Sid ? J'ai déjà du t'en parler, entre deux claquements de porte.
Sid. Sid. Sid. SID. Ça me raclait la gorge à chaque fois que je prononçais son prénom. J'avais mal, un peu partout, à le voir si fragile et naïf. Sid, il incarnait un peu tout ce que je détestais. Ses grands yeux pleins d'étoiles. Je l'enviais, peut-être, au fond, d'avoir su préserver sa pureté. Et les crânes rasés avec qui je traînais pensait comme moi. Tu les détestais, à être aussi con. Tu voulais même pas que je les ramène à la maison. T'avais raison. Ils étaient de beaux nids à merde. Des crasses. Ils venaient des poubelles. Je me plaisais au milieu de ces saletés. J'étais comme eux. Je valais pas plus qu'un rail de coke. Alors, dans toute cette anarchie des sentiments, j'ai laissé la pureté caresser ma peau. Mes lèvres se sont posées contre elle. J'avais déjà en tête de le briser, le petit, avant même qu'il ne se mette à m'aimer. C'était déjà marqué en grand sur mon front 'RACLURE'. Mais il a rien vu venir, l'enfant. Les tatouages sur le crâne ne l'ont même pas mis sur la voie. Comme quoi, c'est facile d'embobiner son monde, même quand on est un monstre. Un an de ma vie, c'est le temps qu'il a fallu pour que les choses se mettent bien en ordre pour lui et moi. Douze mois perdus pour le baiser, dans tous les sens du terme. J'ai lu l'amour dans ses mots, j'ai lu l'amour dans ses yeux, j'ai lu l'amour dans sa chair. Il était partout, ce sentiment débile. J'avais l'impression qu'il le possédait. En y pensant, je me demande même comment Sid a pu 'm'aimer'. C'est absurde, comme tout le reste de ma vie. C'était si présent entre nous deux que j'ai accéléré les choses. Je n'en pouvais plus d'attendre. Je me devais de mettre fin à toute cette connerie. Le coup de grâce s'est produit un samedi. Parce que le samedi, tout le monde sort, tout le monde circule. La terre entière s'éveille et danse avec le temps. Les regards se sont posés sur les photos de Sid nu. Tu l'aurais vu : tout petit, tout maigre, tout blond. Même à poil devant tout le monde, il paraissait pur et innocent. J'ai jamais su m'arrêter de rire, je crois. En y pensant aujourd'hui, en l'écrivant pour toi, je souris encore. C'était l'une de mes plus belles destructions. Une fierté macabre. Je venais de briser un innocent pour me donner un peu de consistance.
Je venais de lui voler ses restes de fierté.
Je voulais jeter son âme toute entière aux requins.
Et puis recommencer, ailleurs, avec un autre.

Mais comme toujours, j'ai manqué de temps. Défoncés jusqu'à la moelle, l'un des rasés a lancé l'idée d'un cambriolage. On l'a fait, le soir même. Pour des jeunes cons que nous étions, on s'en sortait pas trop mal. On avait pas prévu que des gars se pointeraient avec des armes en main. Jack s'est retrouvé avec une balle dans la jambe. Renton a eu moins de chance, lui. BAM. Dans le torse. Des gouttes de sang sont venues se perdre contre ma joue. J'ai eu l'impression de ressentir la même peine que pour maman. C'est à cause de cette mélancolie que je me suis retrouvé derrière les barreaux. J'ai pas su le laisser tomber comme un gros connard. Je l'ai pris dans mes bras pour essayer de le dégager de tout ça. J'ai couru avec lui sur quelques mètres, tu sais. J'y mettais toute mon énergie, j'avais mal partout mais j'avançais. Je gueulais aussi, sur ses putains de flic, sur cette balle qui le saignait comme un porc. Je me suis arrêté sur un bout de trottoir, il faisait froid, je me souviens. La neige était recouverte de son sang. Elle était belle, tout en rouge. L'aurait été encore plus si ce n'était pas le sien. J'ai regardé tout autour de moi, les yeux rouges de haine : il n'y avait plus personne. J'ai murmuré à Renton que l'hôpital n'était plus très loin mais putain, les flics ont posé une main sur mon épaule. J'ai gueulé un peu plus fort. L'un d'eux a attrapé son corps. Je portais un cadavre. J'avais entre les bras son PUTAIN de cadavre. Je voulais sauver la mort. Tu te rends compte ? J'étais tellement camé que j'ai pas compris qu'il était mort. Imagine la gueule des infirmiers en me voyant débarquer avec un cadavre. J'ai tourné la tête vers Renton et la seconde d'après je me suis retrouvé derrière les barreaux pour quatre ans.

Oui, parlons en de la prison.
T'es jamais venu me rendre visite, et ce, malgré toutes mes lettres. J'ai jamais vu ton visage ridé et blasé. Pourtant, j'ai pas cessé de t'envoyer des nouvelles, parce que je culpabilisais, au fond de t'avoir abandonné, toi et ta femme. Tu dois en avoir des tonnes, d'ailleurs, de lettres. Surtout au début, quand je tentais naïvement de me sevrer de la dope. Je t'écrivais pour oublier une part de ma douleur. J'espérais un retour, un simple 'je suis fier de toi'. Mais j'ai eu droit qu'à ton silence inutile. T'as même pas du les lire, au fond. Tu devais avoir autre chose à foutre que lire les mots d'un gamin en manque. Qu'importe, de toute façon, j'ai pas tenu ma promesse. L'héro m'est revenue. Je me suis crucifié. J'ai encore des marques sur les mains et les pieds, certainement. En quittant la prison j'ai couru jusqu'au premier dealer. Je ne suis même pas venu te voir, non. J'ai préféré m'injecter une dose de cheval et crever dans ton jardin. C'était plus facile. Une tentative de suicide masquée. La neige avait gelé mes doigts, je me souviens, j'ai eu peur qu'on me les ampute. Mais toi, comme un foutu ange venu de nulle part, tu m'as ramené à la maison. Je me suis réveillé dans ma chambre. T'as même eu le temps de sourire. Je t'ai demandé des nouvelles de Kiersten, tu n'as pas répondu et j'ai compris qu'elle n'était plus là. Les larmes au fond de tes yeux ont eu la force de te trahir. J'ai voulu quitter la maison mais tu m'as retenu. Ton regard sombre s'est perdu dans le mien. Il hurlait, sévère.

C'est terminé les conneries.
Terminé.

La période de sevrage, c'est certainement un moment qui restera à jamais gravé dans notre mémoire. J'avais mal et je voulais te tuer. J'ai essayé, à plusieurs reprises, de te frapper. Mais les gestes étaient trop faibles, trop douloureux, ils terminaient en caresse. Je hurlais comme je pouvais te détester, avant de vomir mes tripes sur le plancher. Mon corps transpirait de souffrance et toi, tu assistais à tout ça, impuissant. T'avais juste envie de m'aider mais sur le moment, moi, je crevais de douleur. C'est à peine si je parvenais à respirer sous les convulsions. T'as flippé, à plusieurs reprises, mais t'as jamais appelé le médecin. T'avais peur qu'on m'emmène à l'hôpital, certainement. T'aurais jamais su rentrer avec moi, sachant que Kiersten avait poussé son dernier souffle là-bas. C'est à cause d'elle, d'ailleurs, que t'as cessé de parler, je crois. Un choc, c'est ce que dise les docteurs. Ta voix me manque. Elle m'a manqué pendant le sevrage, aussi. Ça aurait pu me rassurer, peut-être, lorsque je flippais. Lorsque mon sang donnait l'impression de se mélanger à l'acide. Un jour où tu cuisinais, j'ai réussi à ramper jusqu'à dehors. Mes genoux ensanglantés se sont enfoncés dans la neige et j'ai regardé autour de moi. Le blanc reflétait si fort à mes pupilles que je me pensais mort. Sur un bout de nuage abandonné, laissé quelque part pour une merde dans mon genre. Puis t'es arrivé, avec ta barbe mal rasée. Tu m'a pris dans tes bras et tu m'as bercé, comme pour faire taire les larmes qui tombaient jusqu'à mes pieds nus et gelés. Je me suis laissé aller, là, contre ton torse solide. J'avais peut-être vingt six ans mais j'étais rien de plus qu'un gamin effrayé. Je m'accrochais à toi comme mon ultime espoir. C'est ce que t'as toujours été : mon repère. Dans repère, y a PERE.
Je t'ai toujours considéré comme ça, même dans les moments les plus bas et dégueulasses.
Jean, le fermier muet et veuf : mon père

En me voyant étalé au milieu du quartier, t'es rentré à la maison pour prendre une grosse couverture et m'enrouler dedans. J'avais même pas froid, je souffrais trop pour le ressentir. Y avait un opéra dans ma tête. Sous mon crâne, les cris résonnaient, en même temps que les violons. C'était douloureux dans le sens où je n'ai jamais aimé l'opéra. Et ce connard ne cessait jamais. J'aurais aimé que tu me tires une balle à ce moment là mais à la place de ça tu nous as conduit à Reine.
J'ai vu le petit chalet perdu en montagne, des animaux tout autour. J'ai tourné mes yeux fatigués vers toi. T'as eu un nouveau sourire, toujours le même, blasé et fragile. T'as allumé la cheminée et je me suis couché sur le canapé, l'odeur du bois dans l'atmosphère.
On l'a jamais quitté, ce chalet.
Tout le monde à Reine te connaît, tout le monde à Reine t'apprécie. Même si tu parles plus, ils te sourient. Je le vois aux rares fois où je descends avec toi en ville. Je reste dans la camionnette par manque de force. Les gens me regardent, ils se posent des tas de questions, aussi. Pour eux, tu gardes seulement dans ton chalet un monstre. Un foutu gamin qui finira un jour ou l'autre par te planter et recommencer ses conneries. T'es le seul à croire en moi.
Et je pense que tu as tord.
Oui, ça fait bien six mois que je n'ai plus touché à la drogue, que je n'ai plus quitté ta propriété perdue en montagne mais je les sens parfois, le démons. Ils grouillent en moi comme des vers sur un cadavre. Ils grouillent et moi je tremble. J'ai appris à apprécier notre silence et mon manque de vie pour la terre entière. Vêtu d'une chemise en flanelle, je vadrouille entre ferme et chalet. Qui sait combien de temps cette vie me suffira.
Tu m'as souvent parlé de ton désir de retourner en France. Tu m'en parlais sans cesse, avant que ta joie ne s'évapore. J'y ai jamais été mais je la connais par cœur.
Un jour quand tout ira mieux, on ira.
Voilà Jean, je ne sais même pas pourquoi je me confesse de tout cela. Je ne regrette rien, je ne souhaite même pas être lavé de mes pêchers. Sache juste que ne te promets pas de rester sur le bon chemin. Si tu viens à me quitter, je pense que tout redeviendra à son état premier : bordélique. Tu es mon unique pilier, la drogue et la colère sont canalisées uniquement pour ton existence. Les efforts ne survivront plus une fois ton âme envolée.
J'ai merdé, on a tous merdé.
C'est la vie, ça va passer, après tout.
Le rien, Alban.

-

Et les pages se retrouvent cendres, là, dans la cheminée.
Elles n'atteindront jamais son destinataire.
Comme un vieux secret bien gardé.

Il regrette, Alban, d'avoir brûlé cette fichue lettre. De n'avoir jamais eu la force de lui dire la vérité. De déballer ses sentiments. Il n'a pas eu le temps, le rasé, de lui avouer ses fautes.
C'est arrivé un soir d'hiver. (la neige est toujours présente pour ce genre de choses)
Ils sont arrivés, ils étaient quatre, ou peut-être cinq, les souvenirs sont flous. Alban ne se souvient que des mots clés. Drogue et dette. Règlement de compte. La lame s'est enfoncée dans son bide, à plusieurs reprises, une dizaine de fois, certainement. Onze exactement, Alban s'amuse à les compter depuis qu'il est arrivé ici. Il n'a que ça à faire, de toute façon, perdu dans sa maison en foret. Enfoncé dans ses regrets, il ne pense plus qu'à Jean de là-haut.
Jean et sa peine.
Jean, seul dans son chalet.
Jean et les animaux.
Jean qui doit se sentir responsable de tout ça. Alban aimerait lui dire, que ce n'est pas de sa faute. Qu'il n'y est pour rien. Que se cacher dans un chalet n'était pas suffisant. La drogue, c'est comme un cancer, elle finit par revenir sur le tapis et vous assommer.
La rasé, il n'est pas passé entre ses filets, bien au contraire. Il s'y est pris les pieds dedans. Coup fatal.
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MessageSujet: Re: ENGROSSÉ DE NORMALITÉ. (alban)   Dim 20 Avr - 20:51

t'es beau, avec tes rides et tes marques d'encre  



enfouis sous les draps.
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MessageSujet: Re: ENGROSSÉ DE NORMALITÉ. (alban)   Dim 20 Avr - 20:59

mes rides, elles te font l'amour.   



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MessageSujet: Re: ENGROSSÉ DE NORMALITÉ. (alban)   Dim 20 Avr - 21:59

j'attends de voir ça   


si c'est pas mon prince charmant   j'ai beau avoir déjà lu une bonne partie de la fiche plusieurs fois, ça fait toujours du bonheur dans mon coeur de la lire, okay   alban, il est beau. il est beau avec ses tatouages et ses rides qui marquent encore plus sa peau   ça donne presque envie de le voler à sid   t'sais bien à quel point ces deux là m'manquent, donc vivement de les jouer de nouveau, et puis de voir de quoi les deux attardés sont encore capables   

Ce n'est pas le paradis, non, et encore moins l'enfer qui t'accueille à bras ouvert. C'est l'entre-monde, lieu étrange et pourtant brillant, qui t'attend. Tu as ta place ici, maintenant. n'oublie pas de trouver ta demeure et de l'indiquer à tous ici ainsi que de noter l'occupation de ton personnage ici pour que tous soient informés




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MessageSujet: Re: ENGROSSÉ DE NORMALITÉ. (alban)   

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ENGROSSÉ DE NORMALITÉ. (alban)

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