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 des ailes j'm'en ferais en carton - Louis

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MessageSujet: des ailes j'm'en ferais en carton - Louis   Dim 18 Mai - 10:30



LOUIS FRAENKEL

et j'ai compris que l'essentiel, c'est que rien n'est important

prénom et nom Louis Fraenkel âge de décès  22 ans date du dernier souffle 21 février 2014 lieu(x) de vie Berlin, en Allemagne attirance d'âmes tout, et tout le monde. Mal placé pour se décider entre tout ça. coeur mort depuis ses quinze ans, il n’y a que son infirmier. Lou n’a jamais aimé quelqu’un d’autre que lui, si c’est bien de l’amour qu’il ressent pour lui.   occupation fantomatique quand il colle ses poings contre les visages, il rêve de voir apparaitre du sang. Sa vengeance contre le monde, contre son père, il mène sa vendetta avec ses poings en toute discrétion, l’âme en peine. D’un murmurre il donne le lieu et l’heure, et les âmes en vadrouille se rejoignent pour se battre, pour hurler, pour extraire leur haine. cause de la mort une balle qui fracasse son crâne pour couper court aux tambours. Il n’était pas assez courageux pour vivre encore, le gamin, alors il y a mis fin.  

pseudo/prénom justine, j’ai réservé l’avatar en tant que mielle, et maintenant c’est phragmopsora âge 21 et des poussières boussole bazzart et FV combinés avatar Dane Dehaan ♥ cadavre exquis vos forums me rendent accro


“give me just a reason”


Les talons qui claquent sur le parquet, et tout le monde se retourne en fronçant les sourcils. Ils ont mis des années à s’habituer à ça, et maintenant, ils vont devoir l’oublier. Oublier le bonhomme blond perché sur ses hauts talons, avec des pailettes sur les lèvres, en compagnie de son équipe et de filles, qui riaient à tout, souriaient avec tendresse au moindre mot gentil. Lou, c’était une aura de bonheur. Le petit papillon qu’on devait à tout prix protéger, quelques soient nos convictions, notre dégoût pour ce qu’il était. Tous l’aimaient, et voulaient son bonheur, parce qu’il le méritait avec sa gentillesse. A quinze ans pourtant, il ne parle plus Louis. Personne ne comprend, il disparaît pendant des jours et revient, sans dire un mot. Mais ils ne font pas leur deuil, les autres, ils le gardent avec eux, comme un chat blessé qui ne saurait pas se débrouiller seul. Leurs ailes immenses étendues au-dessus de lui n’ont pas suffis, il ne s’en est même pas
rendu compte. Parfois, ils apercevaient l'éclat d'une blessure sur son poignet, ses côtes qui transperçaient sa peau. Mais comment un gamin si heureux avait pu sombrer à ce point ?

Et maintenant.

Ils vont devoir l’oublier cette fois. Certains ont vu l’ambulance passer à toute allure, ceux qui habitaient dans sa rue, dans le quartier, ils ont entendu son oncle hurler, et ils ont compris.
C’était fini.

Ils s’en doutaient tous, que Louis continuerait de se taire. Son armure de fer venait d’exploser, et tout était fini. Des plus courageux ont gravi les quelques marches, le cœur au bord des lèvres, les larmes sur joues, et se sont présenté devant la police pour en savoir davantage. L’oiseau s’est tiré une balle dans le crâne. Comme ça. Et ils ont apprit que, plusieurs fois, le père était devenu un monstre. Jusqu’à maintenant, personne le savait. Les policiers l’emmène, le père hagard, riant aux éclats, les yeux fous. Des filles pleurent, l’ami en talon est mort, la douceur du quotidien vient de disparaître.

La une du journal local. Le gamin qui s'est explosé le crâne. Qui a tué son frère. Oncle, complice ? Le monde s'écroule autour de sa famille, de ce qu'il en reste, son père est enfin en prison pour viol, son oncle doit déménager. Mais maintenant. Il s'en fiche, Lou, maintenant il n'y a plus que sa colère qui compte, qui enfle lentement son coeur, il n'a pas eu sa vengeance. Toutes les secondes, des tambours qui hurlent sous ses temps, des griffes qui lui lacèrent l'arrière du crâne. Du feu dans les veines. Ce gamin doux est peut-être bien mort, dissimulé tout au fond de ce qui lui reste d'âme.




Dernière édition par Louis Fraenkel le Dim 18 Mai - 19:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: des ailes j'm'en ferais en carton - Louis   Dim 18 Mai - 10:30


LA MORT

Je ne suis pas un héros, mes faux pas me collent à la peau




Quand je vois les adultes, c’est vrai, je suis pas pressé
On dirait que plus le temps passe, plus le QI doit baisser
En plus on dirait qu’eux ils savent plus s’amuser
Ils sont trop sérieux, ils sont là, toujours à déprimer

Toujours le gamin hilare du coin, le gosse sportif qui promettait en handball, le premier de la classe en science, qui ferait de grandes études. On me rabâchait ces qualités qui n'étaient pas les miennes, je ne voulais pas faire de grandes études,  même si j’étais en avance, ni devenir sportif professionnel, même si tous leurs mots me prédisaient un avenir magnifique. Mais c'était le paradis sur terre, le monde à mes pieds, la confiance de mes parents en prime, je vivais comme je le voulais, les nuits étaient miennes, même à quinze ans. Des verres, des talons, encore des verres puis des baisers, des nuits folles dans les rues de la ville, des cigarettes et des lèvres échangées contre des promesses de silence et de futurs incertains, juste comme ça, pour sourire et puis me glisser entre des jambes musclées et fiévreuses quelques heures, ou pour respirer l’odeur des filles, celle qui donne à leurs cheveux leur magie, la tête contre leurs seins. Aucune case ne me contenait, je n’étais ni un garçon, ni une fille, ni un travesti, rien de tout ça, j’étais Lou, le pouvoir, la puissance, la liberté, la vague qui se créée à son gré, l’oiseau léger.
L’enfance n’avait été qu’un long fleuve tranquille dont je ne me suis jamais plaint. Parents aisés, frère adoré, la vie suivait son cour sans s’arrêter. Des vacances au soleil ou les pieds dans la neige, des cadeaux à n’en plus finir de me plaire, couverts par les sourires aimants de la famille. J’étais le roi, le prince le plus heureux du monde, je riais de tout et surtout des autres, parce qu’ils ne pouvaient pas vivre ce que moi j’avais, ils ne connaitraient jamais la beauté de mon monde, mes deux univers qui se fondaient l’un dans l’autre, les autres sportifs qui souriaient simplement de mes talons aiguilles, les filles qui s’amourachaient de me voir en bas. Personne ne se moquait. Au final, après quelques années de réflexions, je me dis que j’ai dû rêver cette vie, d’un sommeil qui a duré quinze ans, personne ne peut s’octroyer la vie que j’avais.
Et puis, un soir, pendant un repas –je me souviens encore qu’on mangeait des pommes de terre au four, accompagnées de bœuf, mon frère m'a tué.

J'sais plus, j'sais plus
Si je crois en l'homme ou si je crois plus


Mon frère a lâché « Louis c'est une tapette » . J'ai voulu hurler que ce n’était pas vrai, que je n’étais pas ça, que j'étais juste Lou, mais les cris se sont écrasés dans ma gorge pendant que je dévisageais mon frère d’un air désespéré. Mon père me regardait avec haine, ma mère sanglotait doucement sur la table. Pourquoi est-ce que Frédéric a dit ça, je ne sais pas, je n'ai toujours pas compris ce qui l’avait poussé à me trahir, mais je me souviens de la suite, gravée dans ma chair. « Je l'ai vu porter des talons et se mettre du vernis » . Le fracas d'une chaise renversée, les hurlements d'un père dévasté. Juste des talons, juste du maquillage, pourquoi ma voix n'hurle pas que ce n'est rien d’important ? il s’agit de ma vie, de ma jeunesse, de mes envies. Pas d’eux. Mes yeux hurlent tellement ils me font mal, ils brûlent de larmes qui ne coulent pas, j’ai peur. Je sais que mon père n’acceptera jamais. J’ai peur. « Et il a embrassé un garçon » , je me souviens des coups, de mon corps qui se rétracte sur le sol, les mots coincés dans ma trachée, juste l'envie de m'excuser d'être né, de n'être que Lou, pas Louis, pas le fils qu'ils aimeraient voir à ma place. Je le sens me lever du sol, trainé dans les escaliers sous des cris, et me jeter sur mon lit, j'entends ma mère qui lui hurle de s'arrêter, de ne pas faire de conneries, qu’il risque la prison. J'entends le déclic de la porte qui se verrouille, je sens la chaleur du sang dans mon dos, sur mon visage, mon nez brisé, je le vois avec sa ceinture à la main. Mes bras tremblent de terreur, mon corps se terre un peu contre le mur. Je ne pleure même pas, c'est au-dessus de mes forces. Je sais ce qu’il va faire. Peur.  « Tues moi, je ne veux pas me rappeler ça ». Il me crache à la figure « tu vas t'en souvenir Louis » , je le sens. Et je sombre dans le néant pour survivre.

Quand mes yeux se rouvrent, c'est le visage d'un infirmier que je vois. Un peu barbu, avec des jolis yeux. Tout déformé, mes yeux gonflés par les coups. Il me sourit avec tristesse cet infirmier, sa main effleure les bords du drap  « Rendormez-vous, vous êtes en sécurité ici ».

Il n'y a pas eu de procès.
La police m'a juste dis que mes parents étaient incapables de supporter mes sautes d'humeurs et que je devrais consulter un psychiatre, plutôt que de me battre avec des inconnus dans la nuit. Ils me confient à la seule personne qui veut bien de moi, mon oncle. Des sautes d'humeurs. Bien sûr, c'est de ma faute ce qui est arrivé, mes côtes cassées, le viol. Je n'ai pas porté plainte, bien sûr, j'étais le coupable idéal, un bon père de famille ne fait pas ce genre de chose. Une mère aimante ne le laisserait pas faire. Un frère ne trahirait pas le sien juste pour le plaisir de détruire. C’est moi qui ait tout brisé, tout cassé, par ma simple présence. Ma faute à moi.

« Louis ? »
Aucune réponse. Pauvre oncle qui n’a rien demandé à personne, qui est juste là pour moi, pour me sauver, qui ne sait rien mais qui se doute, peut-être, de ce qu’il s’est passé ce soir-là. Sinon, pourquoi serait-il là, à venir me sauver, si ce monstre décrit par mes parents était bien son neveu ?
« Louis, je te ramène avec moi. »
Non, tues-moi - aucune réponse. Je ne peux pas ouvrir les lèvres, je suis désolé, j’aimerais remercier celui qui vient m’ouvrir une nouvelle voie, mais je n’existe plus assez pour parler. Un fantôme.
Il me prend la main, et je deviens un pantin, désarticulé, tout s'entrechoque et je tombe la tête la première. Encore cet infirmier qui vient me sauver, un sourire tendre aux lèvres, il me relève avec douceur. Quand il repart, un coquelicot s'est glissé dans main, comme par magie.

Lived like the uphills were mountains
And the downhills were cliffs



Quinze ans, et je n’existe nulle part.
Acte de présence au lycée – à quoi bon continuer ? le corps reste là, sans bouger, sans parler. Je creuse ma tombe entre l’école et la maison de mon oncle. J’entends les mots des autres, de ceux qui ne savent pas, qui ne voient pas, je ne suis plus ce garçon étrange en talons, je suis un monstre amaigri, squelette qui se traine avec lenteur. Mes bras saignent dans le lavabo, et je me fous les doigts dans la gorge matin et soir, le dégoût. J’erre tous les soirs dans les rues, me glissant au hasard des lits, avec la lune souriant à mon corps qui se soumet à chaque fois contre un peu d’amour. Je m’exhibe. Et puis l’infirmier que je croise parfois dans les bars, chaussé sur mes talons, et qui observe mon corps fumeux sans mots. Pauvre sauveur qui vit les larmes aux yeux, qui me voit calculer le temps entre les repas et les toilettes, qui voit des lames disparaitrent sous yeux, je ne me cache même plus. Je suis désolé pauvre oncle. Je lui crie avec les yeux. Je ne suis pas sûr que ça suffise, alors, et si j’arrêtais de m’imposer encore ?

« Lou ? »
L'infirmier. Toujours là, celui-ci.
« Lou, tu dois manger. Et arrêter de faire ça » - ses doigts caressent mes cicatrices et mes bandages. C'est pas si facile, monsieur l'infirmier, avec votre beau visage et vos muscles. Monsieur l'infirmier qui êtes si beau et si gentil avec moi, sans me juger, sans me jauger quand vous me croisez en talons, maquillé, je sais que vous me regardez sans rien dire. Je vous aime, monsieur l'infirmier, avec votre petit sourire quand vous me parlez, avec votre blouse mal mise, les boutons ne sont pas raccordés, je vous aime avec votre air de vouloir sauver le monde, je vous aime à prendre soin de moi.
« Et j'aimerais bien que tu me parles. On se connait depuis longtemps maintenant » - depuis deux ans mon doux infirmier, depuis le jour où vous m'avez offert le coquelicot, vous n'avez jamais entendu le son de ma voix, et pourtant, vous êtes là, avec votre souffle qui m’apaise, votre nez un peu bouché à cause d’un rhume. Je souris, un peu absent, les yeux flottants dans le vide.
« J'aimerais bien entendre ta voix au moins une fois, je l'imagine douce. » Un baiser sur mon front, et il repart avec le plateau que j'ai mangé de moitié pour lui faire plaisir. Bien sûr qu'il dépasse ses attributions, qu'il fait des heures supplémentaires pour moi, il est là à tous mes repas du midi, et parfois du soir, mon infirmier. Je n’ai même pas la force de vomir ça, comme une trahison.
Et quand je quitte l'hôpital, seul cette fois, sans mon oncle, il est là, mon infirmier, l'air fatigué, des valises sous les yeux, le teint un peu grisé, il fait plus vieux que son âge sans doute. Il me tend un bouquet de coquelicots, sans mots, sans même un sourire, juste ses pupilles qui brillent. Un baiser pailleté sur sa joue, et un murmure cassé de mes années sans parler ; « merci monsieur l'infirmier ».

You built a cast around your broken heart
And signed it yourself
You signed it
“They were wrong”


Une nouvelle vie.
Je revis.
Je souris, je ris même, en silence, les yeux plissés. Je baise en silence, je mange en silence, je vomis en silence, je me coupe en silence, mais je souris. Parfois, je pousse le vice jusqu’à guetter mon infirmier à la sortie de l’hôpital, assit sur un banc pendant des heures juste pour l’entendre me dire bonjour. Une petite routine qui s’installe. Parfois, il m’amène un chocolat chaud parce qu’il sait que je suis là, ou alors une cigarette fumée dans le vent, tous les deux sur mon banc. Un peu fous, tous les deux, un peu bêtes je crois. Comme si mon cœur pulsait un peu plus à chaque fois. Tout l’hôpital est au courant qu’un gamin perdu vient le voir plusieurs fois par semaine. Tout le monde observe mes yeux quand je le vois et sait, ils savent plus que moi. Tous savent, sauf nous. Un soir je l’embrasse. Simplement. Le sang bat contre les tempes, et sous l’alcool, mes doigts se collent contre sa peau, brûlants, griffants, avant qu’il ne me repousse avec tendresse, dépose un baiser sur le bout de mes doigts « Tu as bu, Lou ». Simplement.  

Mon père est là, devant moi. Ça fait trois ans.
Aussi puissant que la dernière fois où nous nous sommes vus. Aussi terrifiant. Il est arrivé d’un coup, comme un spectre, en plein milieu de la rue, pendant que je rentrais d’une soirée dans un bar. Totalement alcoolisé, hors de lui. D’après le dernier message de ma mère, il l’est tout le temps, empilant bouteilles sur bouteilles. Mon corps est recroquevillé sur mes talons hauts. Il gagnera toujours, mon père. Je suis mort une nouvelle fois. Quand je rouvre les yeux, ce n'est pas mon infirmier cette fois. Hagard, je le cherche dans tout l'hôpital, mes yeux inquiets ouvrent les cœurs des anciens qui me connaissent, qui nous ont vus. On me répond avec des larmes accrochées aux cils. Il est mort, mon doux infirmier. Je dois vivre pour moi, pour ne pas que mon père gagne, pour ma revanche.

But at night
While the others slept
We kept walking the tightrope



La vie se poursuit.
Je ne baise plus, je ne me coupe plus, c’est fini ces bêtises. Je dois vivre. J’ai envie de vivre.
Mon oncle ne m’a jamais forcé à parler. Alors il a menti au monde entier, falsifiant des documents officiels pour me décrire comme muet. Pardonne-moi. C’est grâce à lui que j’ai pu prendre mes cours d’architecture, prendre un nouveau départ. Occuper mes journées autrement qu’en errant devant l’hôpital. Mais là-bas, ils ne me croient pas. Des mots, des insultes, des moqueries sur mon passage. Ma mère a enfin foutu le camp, laissant Frédéric et mon père seuls. Ils me voient passer en talons devant l’ancien appartement, la tête haute, vous ne m’avez pas tué, je suis plus fort que vous ne le croyez, j’ai le droit de vivre autant que vous, de la façon dont j’ai envie. Qu’ils ne sachent pas qu’ils ont gagné la bataille de ma voix, de mes bras. Je gagnerais la guerre, les événements ne m’affligent plus. Parfois un cri, une menace quand leurs yeux se portent sur mes jambes nues, parfois un geste à peine caché pour me toucher, mais je me mords simplement la lèvre. Je vaincrais. Ils n’existeront plus autrement que dans mes cauchemars.

Because there’s something inside you
That made you keep trying


Un jour, mon frère m’attend dans son van à la sortie des cours, une cigarette sur son sourire. « Viens, je t’embarque » .
On roule, on roule jusqu’au bout du monde, les fenêtres grandes ouvertes, fumant des paquets entiers. Mes yeux débordants d’amour pour Frédéric. Il me manquait. Le premier héros de ma vie, celui qu’enfant je regardais tous les jours, en espérant qu’il s’intéresse un peu à moi, qu’il joue avec moi. Sa trahison est oubliée, et on roule. Le van s’arrête au bout de quelques heures au bord d’un lac, et on boit. Beaucoup. Quand je me relève pour aller un peu plus loin, trébuchant sous les vapeurs d’alcool, Frédéric me pousse sur le capot, et le froid du métal me fait ouvrir les yeux malgré la douleur. Une arme ? il pointe son arme sous ma mâchoire ? Il pleure, Frédéric, il pleure et ses yeux sont fous, perdus « t’as détruit la famille Louis, maman est partie, Papa est fou » , un coup de poing dans le ventre qui me fait plier, du sang sur mes dents, il continue à sangloter « t’es un monstre, t’en a rien à foutre, tu mérites de mourir Louis , un sanglot bruyant pourquoi j’arrive pas à tirer ? ». Je lutte contre la souffrance pour me redresser, et poser mes mains sur ses joues humides, pour me plonger dans ses yeux, pour murmurer « Ça va. Ça va Frédéric. Tout va bien, calme toi. » la voix râpe dans ma gorge, comme des ongles « tu n’es pas un tueur Freddie. Je suis ton frère, c’est papa qui devient fou tout seul. Ne le laisse pas te briser Freddie, ne te laisse pas avoir. Tu es plus fort que ce qu’il t’a enseigné. » Je n’ai jamais porté d’armes. Pourtant, quand mes doigts glissent sur celle de Frédéric, tout est naturel, et le coup part en un souffle. Je ne réagis que quand il tombe à mes pieds, hurlant.

Evènement sera classé sans suite, les juges optant pour de la légitime défense.
C’est faux.
Je sais la vérité. Et dans les yeux de mon père, au procès, je vois de la haine.

J’ai tué mon frère.

Et si Frédéric avait raison ? Je détruits tout, je suis un monstre. Je sème la mort ou la folie là où je passe. Mon père, l’infirmier, Frédéric.

J’traîne mes bottes dans les caves de Berlin.
Des types un peu bizarre, qui dessinent des croix gammées sur les murs et les couvrent de graffitis artistiques. Des joints circulent, parfois plus. Ils parlent de refaire le monde, je ne sais pas trop comment j’ai débarqué là-dedans. Je tiens parfois les cheveux d’une fille qui gerbe dans un coin, une seringue enfoncée dans son bras, pendant que d’autres baisent à volonté au milieu de la pièce. La plupart du temps, on saigne ensemble, on se bat jusqu’à la limite de l’inconscience. Des perdus, qui ne savent pas quoi foutre de leurs vies. Des perdants qui n’ont pas envie de se battre, qui se complaise dans ça. Comme moi.  Deux vies en une, le calme et les bourrasques au milieu de tout. Les jours défilent sous mes yeux vitreux.

Dieu, qu’est-ce que je fous ?
Ils brûlent des voitures, des abribus, ils volent des appartements. Leur limite ? l’être humain. Ils ne violent pas. Ils ne tuent pas. Pas même un poing levé sur un autre que notre groupe, jamais. Ce qu’on cherche ? de vieux ouvrages nazis, ou des livres monstrueux. Les livres religieux de fanatiques. On les connait, ces fils de monstres, on fait des kilomètres en train, dans d’autres pays pour les ouvrages, et on enfume les caves avec le parfum de feuilles brûlées.
Tellement éloigné de ma vie quotidienne. Ma colère saigne sur mon visage quand je frappe. Le matin, je me maquille pour en atténuer les cicatrices, mais c’est celles sur mon torse qui sont les plus impressionnantes. De monstrueux traits violacés, des vestiges de côtes cassées et laissées en l'état. Mais un sourire sur le visage, tout est plus beau sous le sang et la violence.
 
We are graduating members from the class of Fuck Off We Made It

Mon oncle, qui ne comprend pas, invite son frère presque tous les jours. Pour nous réconcilier, qu'il dit, parce que son pauvre frère n’a plus personne depuis que Frédéric est mort. J'ai le droit à ses œillades lubriques qui me font vomir ce que je peine à avaler. A ses gestes dégoûtants, à ses menaces. Je fuis presque systématiquement dans d’autres draps, en soirées, ou à traîner seul dans la campagne. Un soir, il me plaque contre un mur, la main trop basse, elle l’est toujours trop, elle me heurte. Je hurle, je hurle tout ce que je contiens depuis cinq ans. « Je suis ton fils putain !  laisse-moi, laisse-moi, je veux vivre ma vie, je veux être libre, tu me tues. Tu ne gagneras jamais, je suis comme je suis. Un homme, une femme, putain qu'est-ce que ça te fait ! Je me maquille et alors ? J'aime les hommes, et alors ? Tu n'gagneras pas à ce jeu. Crève ! » Je l'ai hurlé, je me jette dans les escaliers alors qu'il me poursuit. C'est trop tard, c'est trop tard. Il hurle des insanités, des insultes, des menaces, je n'ai pas besoin de tes menaces papa. J’entends son frère qui demande ce qu’il se passe, pourquoi hurlons-nous ? L'arme de mon oncle est lourde, dans ma main. Je le vois, son regard terrifié quand je la prends. Tu crois quoi putain, que je vais te tirer dessus ? que je vais encore plus me dégrader à cause de toi ? sans plus attendre, je tire une fois dans le vide pour le faire reculer, la force du coup me fait vibrer. Son sourire vengeur, je le lis dans ses pupilles. Mensonge, je ne me sauverais jamais de cet enfer, toutes les nuits je revis les mêmes choses. L’alcool ne me sauvait pas, les joints non plus, la baise non plus, j’ai fais le deuil de mon équilibre depuis bien longtemps. Mais ce soir, c’est trop. J’arrête, j’abandonne mon corps à ses mains, la lutte est trop difficile. Je tire une seconde fois.

Le hurlement de l’ambulance.
Des bips, des cris, trop de boucan. Du sang entre mes lèvres, un rire venu de l’enfer.
Laissez-moi mourir, par pitié.
Les médecins, infirmiers, sont difformes, tâchés de sang, ça doit être mes yeux.
Où il est, le mien ?
Laissez-moi ma vengeance.
Même entre deux mondes, la colère roule dans mes veines, sur le rythme des tambours de mes tempes.
Vous connaissez les personnes prises d’une force hystérique dans des situations extrême ?
Même presque mort, je relève le bras pour arracher les fils qui sont reliés à mes bras, à mon visage, l’intubation. J’ai envie de choisir ma façon de venir.
J’suis assez lucide pour ça.

J'suis pas Louis. J'suis Lou. Juste Lou. Juste le dégoût.



Dernière édition par Louis Fraenkel le Dim 18 Mai - 19:35, édité 10 fois
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MessageSujet: Re: des ailes j'm'en ferais en carton - Louis   Dim 18 Mai - 12:42

bienvenuue I love you
J'ai hâte de voir ce que tu vas faire de ton Louis, un petit berlinois, comme Wes. Et puis Dane est un choix divin.  
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MessageSujet: Re: des ailes j'm'en ferais en carton - Louis   Dim 18 Mai - 13:42

Merci   
Et puis, ton avatar, qu'il est parfait   
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MessageSujet: Re: des ailes j'm'en ferais en carton - Louis   Dim 18 Mai - 15:43

bienvenue ici   



enfouis sous les draps.
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MessageSujet: Re: des ailes j'm'en ferais en carton - Louis   Lun 19 Mai - 14:33


oh un petit qui se maquille, ça me rappelle étrangement quelqu'un. Oublie pas de remplir ton profil dans tous les cas

Ce n'est pas le paradis, non, et encore moins l'enfer qui t'accueille à bras ouvert. C'est l'entre-monde, lieu étrange et pourtant brillant, qui t'attend. Tu as ta place ici, maintenant. n'oublie pas de trouver ta demeure et de l'indiquer à tous ici ainsi que de noter l'occupation de ton personnage ici pour que tous soient informés



TOI, SANGLANT
il y a ton sang dégoulinant de moi. le nectar obscur de ton être, le dernier souffle de ton corps ; et je prends tout, sans la moindre gêne. j'arrache ta beauté à coup de couteau, à coup de dents pour la donner à la princesse. à la plus belle.  
© ZIGGY STARDUST.
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