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 Mason | "I've got blood on my name."

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MessageSujet: Mason | "I've got blood on my name."   Lun 19 Mai - 18:00



MASON HENNESSY

"It won't be long 'til I'm dead and gone."

prénom et nomHennessy, un nom courant, simple, banal, qui n'a rien d'exceptionnel. Le prénom, Mason, c'est de son grand-père paternel qu'il l'a hérité, ce dernier étant décédé juste avant la naissance de son petit-fils. Le père de Mason a jugé qu'il s'agirait là d'un bel hommage à son défunt père. Ou peut-être avait-il envie de retrouver un peu de son père, parti trop tôt à son goût, à l'intérieur de son fils. Mason n'a jamais pensé à lui demander : il faut croire que porter le prénom de son défunt grand-père ne l'a pas traumatisé. âge de décèsIl venait de fêter ses trente-deux ans quand Mason a plongé de l'autre côté. Enfin, plus précisément quand il a plongé entre le monde des vivants et l'autre côté, au milieu, vous avez compris. date du dernier souffleLa date et l'heure sont précises : le 17 janvier 2014 à 11h07. Si on pousse plus loin, on peut même préciser qu'il est mort très exactement à 11h07 et 43 secondes mais ceux qui regardaient la pendule à ce moment-là n'ont prêté attention qu'aux deux principales aiguilles. lieu(x) de vieIl est né à Atlanta, a grandi à Atlanta, a croupi dans un centre pénitencier non loin d'Atlanta, et est mort dans ce même centre pénitencier. Il a brièvement voyagé l'année de ses vingt-deux ans, il est allé jusqu'à New-York et ça aura été son seul et unique voyage, en dehors de celui qui a été définitif, en dehors de l'aller simple pour l'entre monde. attirance d'âmesIl aimait les courbes généreuses ou moins généreuses des femmes. Il aimait les femmes. En fait, il en a surtout aimé une et à peine l'avait-il rencontrée qu'il avait déjà oublié toutes les autres. Imbécile, idiot, naïf et rêveur. cœur mortMort oui, ça c'est sûr. Son cœur est même mort avant que son corps ne lui suive dans la tombe. Il est mort quand elle a cessé de croire en lui. Après cela, personne n'a réussi à lui redonner un semblant de vie à ce cœur mort depuis un long moment. Tout à fait entre nous, cela ne risquait pas d'arriver étant donné où il se trouvait. Quant au fait que cela aurait pu arriver depuis qu'il a établi ses quartiers ici... Encore faudrait-il qu'on l'approche, qu'il se laisse approcher et qu'il laisse son cœur s'ouvrir de nouveau. Loin d'être gagné ? Ce n'est rien de le dire. occupation fantomatiqueLa sentinelle qui surveille. Une parmi tant d'autres mais pourtant loin des autres. Une occupation qui lui permet de rester seul. Une occupation qui lui permet d'éviter trop de contacts avec les autres. Une occupation qui lui sied à merveille. Surveiller, guetter et protéger ici à défaut de ne pas avoir pu le faire avant, ailleurs. Avant et ailleurs. cause de la mortC'est le chlorure de potassium qui a provoqué l'arrêt cardiaque mais ça n'a été que la troisième injection. La première : un savant mélange de barbituriques et de pentobarbital. C'est ce qui a anesthésié Mason. Il s'est senti partir puis ça été le néant. La seconde : crurare et bromure de pancuronium. C'est ce qui a endormi ses muscles histoire qu'il ne soit pas pris de convulsions au moment de la troisième injection. C'est qu'il ne faudrait pas choquer ceux qui sont venus assister au spectacle. Et la troisième, donc, le chlorure de potassium. Le cœur a fini par s'arrêter. Il sait, il sait : il doit s'estimer chanceux d'être parti sans souffrir. Attention : il est parti sans souffrir physiquement mais psychologiquement, ça a été pire que tout. Quand on est allongé sur cette foutue table, qu'ils (y compris votre ex femme, votre premier amour) vous regardent tous en ayant hâte que le bourreau vous injecte les produits alors que vous savez que vous êtes innocent... Oui, ça fait franchement mal et ça détruit le peu qu'il restait encore de vous.

pseudo/prénomBereniceâgeVieilleboussoleC'EST PAS MOI ! C'est eux, tous ! Ils disaient "la petite mort" par ci, "la petite mort" par là et moi, je disais "non, je ne vais pas voir parce que si je vais voir je vais craquer et je ne dois pas craquer." et j'suis allée voir... J'ai pas su résisté et c'était foutu. J'suis là maintenant : tant pis pour vous   avatarJake Gyllenhaalcadavre exquis  ELLE ÉTAIT TRÈS GROSSE ! L’ARAIGNÉE !!!   


“When the fires are consuming you
and your sacred stars won't be guiding you.
I've got blood, I've got blood, blood on my name.”

Vous vous attendez à quoi ? Une belle gueule ? Des lèvres retroussées sur des dents parfaitement blanches et alignées quand le sourire fendille la dite belle gueule ? Pour le sourire on repassera. La belle gueule et les dents blanches par contre inutile de repasser, tout y est, mais c'est tellement noirci par tout le reste qu'on ne voit plus la belle gueule ni les belles dents. On voit les traits tirés, la barbe, le regard voilé, les sourcils froncés, la mâchoire crispée et j'en passe. On voit l'homme dont le corps et l'esprit ont vieilli plus vite que ne sont passées les années. C'est bien ce que vous voyez quand vous me regardez oui et ça vous dérange ? Est-ce que ça vous pique les yeux ? Les miens aussi ils piquent mais ça, ce n'est pas nouveau. Quoique ça l'est peut-être ici mais pas d'où je viens. Ils ont beaucoup pleuré ces cons quand j'étais encore de l'autre côté et même si il y avait de quoi, parfois, j'aurais préféré ne rien laisser paraître mais quand c'était impossible de cacher, je laissais faire et c'est encore plus le cas aujourd'hui. A présent, je ne me cache plus de rien. Quand j'y repense, en réalité, les larmes n'étaient bonnes qu'à me soulager puisqu'elles n'attiraient certainement pas la sympathie des autres. Avec le panneau rouge clignotant « coupable » au-dessus de la tête, je ne leur inspirais qu'un profond dégoût et une réelle animosité. Si ça a déteint sur moi ? Peut-être bien oui ou alors, peut-être que si mon visage est fermé et que je suis incapable de sourire c'est parce que j'ai été exécuté alors que j'étais innocent. Oui, cherchez plutôt par là. Innocent mais déclaré coupable : ça vous détruit un homme ça. Enfin, moi, ça m'a détruit. Je suis brisé et bousillé de l'intérieur. C'est comme ça. Fin de l'histoire ou début de la fin, à vous de voir. Il est loin le temps où j'avais le sourire jusqu'aux oreilles, où mon cœur se gonflait de joie à chaque fois que j'entendais la voix de mon ex femme ou le rire cristallin de ma fille. Il est loin le temps où j'avais la vie devant moi. Ce Mason là vous aurait plu, c'est certain parce qu'il n'a rien à voir avec ce type fermé, sombre et rempli de haine que je suis. Pardonner et tendre l'autre joue ? A ceux qui m'ont envoyé ici ? Je crois que vous vous trompez de personne. J'ai la rancune tenace et ils peuvent crever la bouche ouverte que je ne leur accorderai jamais le pardon. Jamais. Ils ont tout détruit : ma vie, celle de ma fille alors non. Aucun pardon possible. J'ai mal à l'intérieur et je veux qu'ils aient mal eux aussi et sincèrement, tous ceux qui sont de près ou de loin liés à la fin qui a été la mienne, si je recroise leur chemin, ils en viendront à souhaiter n'avoir jamais croisé le mien. C'est de la haine oui, vous ne rêvez pas mais c'est bien cela qui m'a permis de tenir dans le couloir de la mort et non pas l'idée que j'allais m'en sortir alors forcément, au bout d'un moment, quand on s'imprègne encore et encore d'une émotion elle devint vraiment une partie intégrante de ce que l'on est. Si j'aimerais être différent ? Franchement ? Oui. J'aimerais bien être capable de laisser ça derrière moi et c'est peut-être pour ça que j'ai décidé de veiller à la sécurité des âmes plutôt que d'aller pourrir dans mon coin. D'accord, cela me permet d'être seul et ce n'est pas plus mal mais en même temps, ça m'évite de me perdre de façon définitive. S'il y a quelque chose sous cette surface de crasse et de noirceur ? Sans doute oui qu'il existe toujours cet ancien Mason mais je ne suis pas certain qu'il arrivera un jour à sortir de là. C'est qu'elle est épaisse cette foutue carapace. Très, très épaisse.




Dernière édition par Mason Hennessy le Mer 28 Mai - 17:18, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   Lun 19 Mai - 18:00


LA MORT

"When the fires have surrounded you
with the hounds of hell coming after you.
I've got blood, I've got blood on my name.
When the fires have surrounded you
and the whole wide world's coming after you.
I've got blood, I've got blood on my name."



« Tu as fini avec tes insinuations ? »
« Quoi ? »
«  Tu es un vrai démon. »
« Je suis né pour te tourmenter. »
 
Un sourire complice est échangé avec mon père. Il est en train de découper la dinde fraîchement sortie du four et je m’occupe de terminer d’assaisonner les légumes. C’est le soir de Thanksgiving et la soirée se passe plutôt bien. Pourtant, ce n’était pas gagné. Il faut dire que mon père a choisi ce soir pour me présenter sa compagne. Cela fait quelques mois qu’il la fréquente et il a finalement décidé qu’il était temps que je la rencontre. Je ne suis pas du genre à me fermer, à être hostile mais il craignait malgré tout ma réaction à tort puisque premièrement, ma mère est morte depuis quatre ans maintenant et il est tout à fait en droit de refaire sa vie et, deuxièmement…
 
« Je l’aime bien. » lui dis-je, mon sourire se faisant plus large encore. « Et elle a l’air de t’aimer sincèrement alors ça me va. J’aime te voir heureux comme ça. » ajouté-je le plus sincèrement du monde.
 
C’est simple entre mon père et moi et ça l’a toujours été.
 
« Je suis content fils. »
 
Je l’ai remarqué ça, qu’il était content, heureux, épanoui, et tout ce qui va avec.
 
« Et toi ? Comment ça va avec Molly ? »
 
Bien sûr qu’il demande, le contraire aurait été étonnant. J’hésite, je détourne le regard et finis par hausser les épaules. Comment va ma femme ? Disons que ça pourrait aller mieux.
 
« Je ne sais pas trop en fait. » terminé-je par dire. « Elle garde tout pour elle. On n’a pas reparlé de ce qu’il s’est passé. Elle a pleuré le jour où on nous l’a annoncé et depuis plus rien alors… Je crois que ça va la frapper d’un seul coup et que là, il va falloir que je la réceptionne parce que la chute va être rude. »
 
Plus rude que pour moi car même si j’ai eu mal de perdre l’enfant qu’elle portait dans son ventre, le pire a été pour elle, cela ne fait aucun doute. La douleur, l’horreur de ne pas pouvoir mener la grossesse à terme parce que l’enfant a une malformation… Tout ça, c’est elle qui l’a subi bien plus que moi et j’essaye simplement d’être là pour elle. Je ne peux rien faire d’autre. Je sens la main de mon père se poser sur mon épaule et nous échangeons un nouveau regard, son sourire est encourageant, sa douceur apaisante. Nous voilà bientôt de retour dans la salle à manger, je m’installe aux côtés de ma femme. Un tendre baiser sur sa tempe, elle m’adresse un doux sourire et se sert à manger. Mes yeux ne la quittent pas, jamais je ne me lasse de la regarder, jamais. Quelques mois que nous sommes mariés mais déjà plus de quatre ans que nous nous connaissons. Un amour de jeunesse, le premier, le vrai, l’unique. C’est ce qu’elle représente à mes yeux. Nous sommes encore jeunes mais elle comme moi savons ce que nous voulons et ce que nous voulons c’est être ensemble, fonder une famille, profiter de chaque seconde. Ce sont des souhaits plutôt modestes et simples, n’est-ce-pas ? Modestes ou pas, pour le moment, le destin s’est joué de nous et plus je regarde Molly, plus j’appréhende le moment où elle va craquer et à raison car quand le moment arrive trois jours après Thanksgiving, quand Molly chute, je la rattrape oui, mais elle n’est pas moins brisée. Et en réalité, à ce moment-là, je me brise avec elle plus que je ne l’aurais cru. C’est le temps qui finalement panse notre blessure. Le temps, et le bonheur quand deux mois plus tard, le test de grossesse vire au bleu. La peur se mélange au bonheur : et si ça se passait mal cette fois encore ? Non. Cette fois, tout est en ordre. Cette fois, le destin semble décidé à nous laisser vivre heureux et quand Eleonore voit le jour, quand cette petite puce, à laquelle nous avons donné le prénom de ma mère ce qui a eu le mérite de faire davantage pleurer mon père, arrive dans notre vie tout s’emboîte, tout est parfait. C’est la vie dont nous avons rêvé et je suis heureux, confiant. Tout ira bien.
 
Stupide. Con. Naïf. Tout ça à la fois.

┼ ┼ ┼

« J'ai besoin de te poser une question... »
« D'accord. »

Mes mains menottées sont accrochés à l'anneau en ferraille qui n'est jamais que la continuité de la table autour de laquelle Molly et mois nous trouvons. Ses doigts frôlent les miens, je sens le regard du garde sur nous mais tant qu'il ne dit rien, je ne refuse pas ce contact avec Molly. Je veux ce contact. J'ai besoin de ce contact. Mon regard est perdu dans le sien, je la vois troublée, hésitante. Une question a-t-elle dit. Je l'attends.

« Tu vas me dire la vérité à moi, quoi qu'il arrive, n'est-ce pas ? »

Déjà mon cœur se serre. Où veut-elle en venir ?

« C'est ça ta question ? »

Elle secoue la tête et je finis doucement par hocher  la mienne : bien sûr que je vais lui dire la vérité. Je ne lui ai jamais menti, jamais, et je n'ai pas l'intention de commencer aujourd'hui.

« Est-ce que c'est toi ? »

Mon cœur s'alourdit instantanément. Un roc l'écrase, le transforme en bouillie. J'aimerais être assez fort pour que les larmes ne me montent pas aux yeux mais je ne suis pas assez fort. Ma vue se brouille. J'ai du mal à voir Molly, elle s'estompe, elle disparaît.

« Tu as besoin... De me demander ça ?... » murmuré-je en insistant sur le dernier mot, ma voix étant plus sombre en cet instant qu'elle ne l'a jamais été en présence de Molly, à l'égard de Molly.
« Oui, j'ai besoin de savoir... » répond-elle, sans hésiter une seule seconde.

Ma mâchoire se crispe. Je baisse le visage. Ce qu'elle vient de me demander est pire que tout. C'est pire que d'être accusé du meurtre de ma meilleure amie. C'est pire que d'être enfermé depuis déjà quatre jours à subir les interrogatoires successifs de la police. C'est bien pire oui parce que si elle demande, c'est parce qu'elle doute. Elle doute... De mon innocence. Elle...

« Va-t-en. »

Ma voix n'est qu'un murmure. Elle tremble. Je tremble.

« Quoi ? »

Je relève mon regard vers elle et malgré les larmes, je sais, je sens qu'il fusille, qu'il assassine. Jamais je l'ai regardée comme ça. Jamais, et pourtant...

« Je veux que tu foutes le camp d'ici. »

La voix tremble encore mais les mots claquent, fouettent, blessent, massacrent, achèvent. Aussitôt elle retire ses doigts de ma main et je vois les larmes naître dans ses yeux. Ah elle pleure ? Et pourquoi ? Ce n'est pas elle qui vient de subir l’infâme trahison mais moi.

« Mason... » supplie-t-elle.

Elle peut supplier : c'est trop tard. Way too late for you, for us.

« Je ne veux pas t'entendre. » asséné-je, sans pitié.

Comme elle a été à l'instant sans pitié.

« Tu me demandes si j'ai tué Kim... Tu me demandes si j'ai violé ma meilleure amie après l'avoir tuée... Tu me demandes si j'ai mutilé son corps... Tu me demandes parce que tu doutes et tu as fait l'inverse de la seule chose dont j'avais besoin : croire en moi. »

Un sourire sans joie étire mes lèvres sèches.

« Je ne veux plus te voir. »
« Mason s'il te plaît... »
« Dehors. Dehors. DEHORS ! » finis-je par hurler.

Cela suffit pour faire réagir le garde qui s'approche de nous mais Molly choisit de se relever à ce moment-là, m'évitant de prendre un coup supplémentaire. Elle étouffe ses sanglots en plaquant sa main contre sa bouche et après m'avoir jeté un dernier regard elle quitte rapidement la pièce. Je pleure en silence. Le garde se rapproche de nouveau de moi et me détache de la table avant de me faire me relever. C'est toujours pris de sanglots silencieux que je rejoins ma cellule. Quand quelques heures plus tard, je suis de nouveau assis autour de la table, l'avocate que mon père a réussi à me trouver assise en face de moi, je ne la regarde pas, je ne l'écoute pas. Je ne vois que les images terrifiantes des photographies du corps de mon amie que les policiers ont eu la cruauté de me montrer tout en essayant de me faire avouer. Je n'entends que la voix de Molly qui me demande si j'ai fait « ça ».

« Mason ? Vous êtes avec moi là ? »

Je soupire et lève mon regard vers l'avocate qui a une mine affreuse.

« Vous êtes bien pâle. »

Elle m'adresse un regard réprobateur qui en dit long. Je hausse les épaules.

« Qu'est-ce que vous me disiez ? »

Un nouveau regard réprobateur. J'étais ailleurs, c'est vrai. Elle finit par secouer doucement la tête avant de reprendre ce que j'avais apparemment manqué et en l'entendant me dire que les choses se présentent très mal, ce n'est jamais qu'un coup supplémentaire porté à ma carcasse.

« Et ? » finis-je par demander, pressé d'en finir en réalité.

Elle m'observe. Elle hésite. Puis elle se lance.

« Il va falloir qu'on réfléchisse à ce que vous souhaitez plaider au procès. »
« Le procès... » murmuré-je en écho.

Et dire que nous en étions déjà là alors que je n'étais enfermé que depuis quatre jours.

« Oui. Si vous plaidez innocent... »
« Comment ça « si je plaide innocent » ? » la coupé-je en plantant mon regard dans le sien. « Hors de question que je plaide coupable. »
« Mason, vous devez m'écouter. »
« Je vous écoute. Je suis innocent, je vais donc plaider innocent. »

CQFD.

« Mason ! »

Elle est têtue. Moi aussi. Nous sommes donc très mal barrés.

« Tout est contre vous, absolument tout et j'ai beau vous croire, le jury, lui, ne verra que les preuves et il y a tout ce qu'il faut de ce côté-là. Si vous plaidez innocent, vous faites face à la peine capitale, ils n'hésiteront pas. Si vous plaidez coupable, ils seront plus cléments et... »

Elle est obligée de s'arrêter parce qu'un rire est en train de s'échapper de mes lèvres. Un rire faible, certes, mais un rire de dément. Je plaque ma main contre mon visage et secoue la tête.

« C'est juste... C'est carrément... Vous me demandez de choisir entre la mort et passer le reste de ma vie en prison. »
« Il y aura les appels et nous... »
« Non. »

Mon rire s'arrête. Je relève mon regard vers elle après avoir reposé ma main sur la table. Mon visage est figé. Il est résolu. Non.

« Je ne plaiderai pas coupable. Je préfère mourir en ayant crié mon innocence plutôt que de croupir en prison en ayant prétendu avoir commis ce crime atroce. »

Fin de la discussion. Fin de ma vie. Le jugement tombe des semaines plus tard. La peine capitale oui. Les appels s'enchaînent ensuite alors que je vois les jours et les nuits passer dans le couloir de la mort. C'est long. Très long. Très, très, très long. Molly demande le divorce. Elle se remarie. Eleonore grandit. Elle croit que son père est mort : on peut remercier mon ex-femme pour ce mensonge abject. Pas d'inquiétude cependant : le mensonge va bientôt devenir vérité. Dix ans après le verdict du premier jugement. J'ai dit bientôt ? Tout est relatif.

┼ ┼ ┼

« Merci pour les photos. » dis-je à mon père en esquissant un sourire.

Il a eu la gentillesse de m'amener des photos assez récentes d'Eleonore. Ce sont les photos de son dixième anniversaire et Seigneur qu'elle est belle. Je l'ai vue grandir comme ça, grâce aux photos que Molly a transmis à mon père pour que lui-même me les apporte. La dernière fois que j'ai vu mon ex-femme, c'était lors du deuxième recours en appel. Après ça, plus rien. Le seul contact que l'on a eu a été au moment du divorce, quand nous avons signé les papiers mais même là, elle ne s'est pas déplacée. Mon père ne me parle pas d'elle mais par contre, il veille à ce qu'Eleonore ne manque de rien. Il ne lui dit pas la vérité et je ne lui demande pas parce que je sais que s'il fait ça, il ne verra plus sa petite fille et c'est hors de question. Alors, quand il la voit, il prétend que je suis mort comme le fait si bien Molly. Ce qui me rassure, c'est que le type qu'elle a épousé est un mec bien. Au moins, ma fille a un second père qui prend bien soin d'elle et c'est ce qui compte. La main de mon père se glisse sur la mienne et je relève mon regard vers lui. Il est en larmes et cela éveille aussitôt les miennes.

« Je vais venir... »

Je secoue la tête tout de suite.

« Non... Non, c'est hors de question. »
« Je veux être avec toi. » répond-il la voix tremblante.
« Et moi je ne veux pas que tu assistes à ça. »

Le « ça » c'est mon exécution qui a lieu dans tout petit plus d'une heure. L'avocate a fait des pieds et des mains pour que j'ai le droit à cette dernière visite de la part de mon père. J'ignore combien elle a donné mais j'ai le droit de lui dire au revoir : c'est beaucoup plus que ce que j'aurais pu espérer et vu que je n'espère de toutes les façons plus grand chose...

« S'il te plaît papa... » finis-je par dire en serrant mes doigts autour des siens. « Ne viens pas. »

Nous nous observons un moment en silence et il finit par hocher la tête. Mon regard s'attarde sur la pendule et se reporte ensuite sur mon père. Il est dévasté. Je suis dévasté de le voir dévasté.

« Je te demande pardon... » dit-il dans un souffle.
« Quoi ? Pourquoi ? »
« De ne pas avoir réussi à te faire sortir de là... »

Je me penche vers lui.

« Tu n'as pas à me demander pardon. Tu as fait tout ce que tu pouvais, tu as réussi à me trouver une avocate exceptionnelle.  Ce n'est pas elle le problème, ni toi. C'est ce putain de système... »

Ce putain de système oui qui m'a mis là et qui va m'envoyer dans l'autre monde.

« Je n'arrêterai jamais. On va le coincer. »

J'esquisse un sourire empreint de tristesse et de lassitude. Dix ans déjà que l'ex petit ami de Kim est toujours dans la nature alors que c'est lui le meurtrier. Je le sais et il sait que je sais. Mon père espère réussir à trouver la preuve qu'il est coupable : on se demande de qui j'ai pu tenir ma naïveté à l'époque où j'étais encore naïf, hein ?

« C'est l'heure. »

Je dois retourner dans ma cellule, parler à l'aumônier, et après être conduit jusqu'à la salle afin que l'exécution ait lieu à onze heures précises. Mon père se lève et vient se mettre à genoux à côté de moi.

« Monsieur. »
« Une seconde ! » répond-il.

Je sais que s'il faut il en mettra une au garde. Ce moment, ce dernier moment, personne ne pourra le lui arracher : nous l'arracher. Je plonge mon regard dans le sien, nos larmes coulant en parfaite harmonie. Cela pourrait être beau si ce n'était pas assez cruel et pénible. Il s'approche de me moi et me serre dans ses bras. Je ne peux pas lui rendre cette étreinte puisque mes mains sont solidement attachées alors, à la place, j'enfonce mon visage dans son cou. Je veux qu'il sente. Je veux qu'il sache.

« Je t'aime fils. » murmure-t-il et je sais qu'il sait mais malgré tout...
« Je t'aime papa. »

Mieux vaut le dire : c'est la dernière fois. La dernière fois que j'entends sa voix. La dernière fois que je sens son odeur. La dernière fois que je croise son regard. La dernière fois. Quand je me retrouve allongé sur la table d'exécution, j'ai l'impression d'avoir quitté mon père à peine une minute auparavant et pourtant, c'est l'heure. Où est passée cette dernière heure ? J'entends des voix autour de moi, mon regard va jusqu'à la pendule : une minute et trente trois secondes. Je détourne le regard  et tourne le visage pour observer ceux qui sont venus assister au spectacle. Je devrais reconnaître mon avocate qui se tient au premier rand, les parents de Kim qui se tiennent au premier rang mais je ne les vois pas. Je ne vois qu'elle : Molly.

« Avez-vous quelque chose à ajouter avant que la sentence de soit exécutée ? »

J'entends voix de l'homme mais je ne réponds rien. Elle me regarde. Je la regarde. Elle qui est là, en larmes et qui me fixe. Les larmes me montent aux yeux. « Je suis désolée » et si aucun son ne sort de sa bouche, je vois bien ses lèvres bouger, j'arrive à lire ses mots à défaut de pouvoir les entendre. Désolée de quoi ? De me voir mourir comme ça ? De ne pas m'avoir cru ? Est-ce qu'elle me croit maintenant ? Est-ce qu'elle a juste pitié de moi ? Je ne sais pas. Je ne sais pas si je peux lui pardonner. Je ne sais pas si je suis soulagé. Je ne sais pas si je suis heureux de la voir là. Je ne sais rien de tout ça. Je sais que je commence à me sentir bizarre. Je redresse doucement ma tête, observe brièvement la pendule : il est onze heures et trente deux secondes. Mon regard se fixe sur le plafond. Je suis calme. Tout est calme. Mes paupières deviennent lourdes. Mes yeux se ferment.

I hope I see you again.


Dernière édition par Mason Hennessy le Mer 28 Mai - 17:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   Lun 19 Mai - 22:02

quoi d'neuf docteur ?
encore toi, ça fait plaisir de te voir ici I love you
et puis un sentinelle, ça fait un pote pour dick



enfouis sous les draps.
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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   Mar 20 Mai - 5:39

Quoi d'neuf Docteur ? O_O je vois pas du tout de quoi tu parles...   

Merci pour ton accueil   
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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   Mar 20 Mai - 11:14

oh, jake, on le voit pas assez alors qu'il est extra. puis Atlanta, je suis conquise  
hâte de voir la suite et bienvenue



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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   Mer 21 Mai - 13:46

Bienvenue  
j'adore le début de ta fiche, hâte moi aussi de voir la suite   
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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   Mer 21 Mai - 18:11

Merci à vous deux   

C'est vrai que Jake est rare et c'est en fait la première fois que l'utilise comme avatar   

J'suis vraiment contente que le début vous plaise et j'espère que la suite fonctionnera tout aussi bien   
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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   Mer 28 Mai - 18:20


mondieu, je m'attendais pas du tout à une histoire en genre, au tout début. je dois t'avouer que j'adore mason il est beau, à être si simple et torturé. et puis cette histoire, quoi. ça prend par les tripes, tout simplement. j'te dis bravo. simple question ; tu préfères suicide étant donné qu'il a plaidé coupable en sachant que ça allait le tuer, ou alors homicide parce qu'il était innocent et qu'il a été tué tout de même ?

Ce n'est pas le paradis, non, et encore moins l'enfer qui t'accueille à bras ouvert. C'est l'entre-monde, lieu étrange et pourtant brillant, qui t'attend. Tu as ta place ici, maintenant. n'oublie pas de trouver ta demeure et de l'indiquer à tous ici ainsi que de noter l'occupation de ton personnage ici pour que tous soient informés



TOI, SANGLANT
il y a ton sang dégoulinant de moi. le nectar obscur de ton être, le dernier souffle de ton corps ; et je prends tout, sans la moindre gêne. j'arrache ta beauté à coup de couteau, à coup de dents pour la donner à la princesse. à la plus belle.  
© ZIGGY STARDUST.
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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   Mer 28 Mai - 18:26

 Est-ce que ça va aller tes tripes ?   

Merci pour tes mots : je suis contente qu'il te plaise. Je l'aime bien moi aussi ce cher Mason et j'ai pas fini de lui en faire baver   

Sinon, ta question est très intéressante. Voyons... -Réchéflis- Allez, homicide : il estime qu'il a été assassiné quoi =') Il a espéré que les appels allaient fonctionner même si au final, c'était foutu de chez foutu et qu'il l'a accepté. Il s'est résigné. Mais il aurait préféré rester en vie, c'est juste qu'il ne voulait pas rester en vie en prétendant être un monstre quoi U_U
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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   Mer 28 Mai - 18:32

je t'ajoute à ton groupe alors I love you


TOI, SANGLANT
il y a ton sang dégoulinant de moi. le nectar obscur de ton être, le dernier souffle de ton corps ; et je prends tout, sans la moindre gêne. j'arrache ta beauté à coup de couteau, à coup de dents pour la donner à la princesse. à la plus belle.  
© ZIGGY STARDUST.
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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   Mer 28 Mai - 20:21

Bienvenue, j'aime beaucoup tes premiers mots   
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MessageSujet: Re: Mason | "I've got blood on my name."   

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Mason | "I've got blood on my name."

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